Je ne pavoiserai pas

Je ne répondrai pas à l’injonction gouvernementale d’ornementer la fenêtre devant laquelle j’écris du drapeau tricolore. L’émotion, je la ressens, bien sûr pas comme ceux qui ont été touchés directement, pris dans l’horreur ou ceux qui y ont perdu des proches, mais elle a creusé son chemin en moi et elle y est entrée comme quelque chose d’intime mais aussi comme un corps étranger. J’habite tout près, mais ce serait je crois pareil si j’étais loin. C’est en fait précisément à cause du chemin complexe qu’elle a tracé en moi que je suis littéralement révulsé par l’étatisation de l’émotion, par son appropriation par ceux-là mêmes dont le destin politique ne tient plus qu’à son instrumentalisation permanente. Non, je ne mettrai pas non plus une banderole avec dessus « non à l’état d’exception permanent ». Je n’exprimerai pas à la fenêtre ce que je pense de la déclaration du premier ministre au Sénat invitant à ne pas saisir le conseil constitutionnel sur la loi sur l’état d’urgence parce que cela risquerait d’aboutir à l’annulation de centaines de perquisitions qu’il sait donc attentatoires aux droits fondamentaux. Ce n’est qu’ici, dans l’un de mes espaces d’écriture que je me poserai la question de combien de vocations violentes résulteront de ces perquisitions ou des contrôles au faciès multipliés et rendus plus graves par la stigmatisation qu’ils véhiculent ces jours-ci. Chacun fera ce qu’il veut. Mais méfiez-vous des apprentis sorciers de la guerre et de la haine, méfiez-vous des médiocres qui ont renoncé à parler à tous et d’écouter ce qui est désagréable à entendre. Et plus que tout, méfiez-vous de ceux qui veulent vous dire quels mots utiliser, quel drapeau afficher, quel hymne chanter.

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