Les députés socialistes savent-ils ce qu’ils font en ignorant deux apports fondamentaux de la charte de l’environnement ?

Quoi qu’on pense des motivations de Jacques Chirac pour introduire la charte de l’environnement ou de la sincérité avec laquelle son gouvernement en poursuivra les orientations, il faut être aveugle pour ne pas voir deux apports essentiels de ce texte :

  1. Il introduit dans le cadre constitutionnel une définition de l’environnement comme patrimoine commun de l’humanité. Or depuis près d’un siècle, des combats se mènent pour faire reconnaître dans les instances internationales différents biens communs physiques, sociaux, et immatériels. Une part importante des arbitrages qu’on reproche à la mondialisation néo-libérale résulte de défaites dans ces combats. Peut-on vraiment bouder le point d’appui que représente cette reconnaissance de l’un d’entre eux dans un texte constitutionnel ?
  2. Un considérant à l’article 2 affirme la non-équivalence entre modes de production et entre modes de consommation, levier essentiel pour sortir de l’économisme. On peut regretter que cela ne soit fait qu’en référence à l’environnement, mais est-ce une raison pour ne pas le saluer ?

Or il semble qu’une majorité de députés socialistes ont décidé de ne voir que l’auteur et non le contenu, et de croire sur parole les lobbies qui prétendent que la formulation (pourtant très prudente) du principe de précaution serait hostile au progrès. Philippe Kourilski (directeur de l’Institut Pasteur) et Geneviève Viney qui recommandaient en 2000 dans leur rapport une formulation plus ambitieuse du principe de précaution sont-ils des obscurantistes hostiles à la science ? Lisez bien le texte de la charte (avant amendements). Il crée au contraire une des conditions pour un progrès qualitatif. Début qui demande à être complété sur d’autres fronts (sociaux, culturels) mais qu’on ne peut ignorer.

Peut-on espérer un resaisissement d’ici le vote du mardi 1er juin ?

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre courriel ne sera jamais rendu public.Les champs marqués d'un astérisque (*) sont obligatoires