Stop StopCovid

Le parlement va délibérer à partir de demain sur l’app StopCovid. Cette app pour smartphone n’est pas seulement inefficace du point de vue sanitaire, elle est nuisible. Mais surtout son déploiement – même sur une base facultative – marquerait un pas tragique vers l’installation d’une société de surveillance où chaque individu (qui l’accepterait) deviendrait gardien panoptique de tous ses pareils. Il est donc indispensable qu’il ne soit pas seulement possible de ne pas installer l’app, mais aussi de faire campagne contre son installation. Quelques précisions sur ces affirmations :

Pourquoi StopCovid est-il inefficace et nuisible du point de vue sanitaire ? Bien que ce ne soit pas un point de détail, passons sur le fait que les techniques de localisation actuelles, et notamment le Bluetooth, soient incapables de détecter précisément et sans erreur ce que StopCovid prétend détecter (la localisation prolongée à moins d’un mètre d’un autre usager de l’app), car on pourrait toujours arguer d’une efficacité statistique de ces données erronées, argument douteux puisqu’elles font « grief aux tiers », un cas contact pouvant être fortement incité, voire forcé, à l’isolement. Il y a deux problèmes structurels beaucoup plus graves :

  • L’app n’est acceptable au regard des droits fondamentaux que si son usage est facultatif, or elle ne pourrait être efficace que si son usage est adopté à des niveaux qui ne peuvent être atteints qu’en rendant cet usage obligatoire, de jure par la loi ou de facto en raison des avantages de libertés conditionnelles réservés à ceux qui l’adoptent et si les données de l’app sont croisées avec d’autres comme les transactions bancaires. L’analyse des dispositions prises en Corée et les déclarations des responsables numériques de Singapour selon laquelle l’usage d’une app similaire (et mieux conçue) n’avait joué qu’un rôle très limité dans la maîtrise de la pandémie devraient suffire à en convaincre.
  • Mais surtout, le déploiement de l’app va casser l’un des rares éléments positifs de la politique sanitaire en cours d’évolution en France : la mise en place de dispositifs de traçage de possibles cas contacts reposant sur des interactions humaines avec des acteurs de confiance (les médecins généralistes principalement). Il y a plus qu’un débat sur la légitimité de la transmission obligatoire des cas aux services médicaux de l’assurance-maladie pour une deuxième étape de traçage, mais au moins la première étape, celle du traçage par la mémoire des patients se fait-elle dans un contexte humain et empathique, sans délégation à des algorithmes. Cette confiance est en grand risque d’être cassée si en parallèle des dispositifs techniques qui ne sont que des solutions en quête d’un problème sont déployées.

Mais surtout, le déploiement de l’app marquerait, après d’autres pas mineurs mais multipliés, le déploiement d’un pouvoir biopolitique (sur les corps et les individus, mobilisant leurs désirs, leurs peurs et leurs méfiances) qui nous approche d’une nouvelle forme de totalitarisme se cachant derrière la technique. Espérons donc que le parlement nous surprenne et s’il ne ne fait pas, il nous faudra non seulement ne pas installer l’app, mais également faire campagne auprès de tous pour qu’elle soit refusée.

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