Coalition pour les communs

Cette page est maintenue depuis la publication en 2003 de mon article “Pour une coalition des biens communs”. J’y appelais à une réunion des tenants des biens communs informationnels (logiciels et informations libres, médias coopératifs, science ouverte, culture libre, etc) et de ceux qui se battent pour la reconnaissance des biens communs physiques (eau, air, environnement, climat) et des approches renouvelées des biens publics sociaux (éducation, santé, …).. Pour plus d’information sur les raisons d’être et les conditions de possibilité d’une coalition pour les communs voir Cause Commune. Cette coalition est devenue aujourd’hui une réalité concrète, grâce à l’action de très nombreux autres acteurs. La récente International Commons Conference organisée à Berlin par la fondation Heinrich Böll s’est fixé pour but de construire une plateforme politique autour des communs de toute nature. On trouvera dans cette page des informations sur les acteurs qui animent différents volets de cette coalition informelle.

Géographie :

Une partie de l’inspiration de la coalition des biens communs provient du mouvement pour les commons aux Etats-Unis. Dans le domaine des communs physiques, l’école d’Elinor Ostrom a joué un rôle clé en montrant que leur gouvernance par des communautés d’usagers et de contributeurs pouvait préserver et maintenir les communs. Dans le champ des biens communs d’information et de connaissances, James Boyle a dès 1997 émis l’hypothèse dans son article Environmentalism for the Net que la reconnaissance des nouveaux domaines publics pouvait restructurer le champ politique comme l’environnementalisme l’avait fait dans les années 1970. David Bollier a travaillé à construire une coalition des communs depuis son livre Silent Theft de 2002. Knowledge Ecology International (anciennement Consumer Project on Technology) joue un rôle clé dans la fédération des acteurs internationaux des communs informationnels et de l’accès à la santé, notamment à travers le Transatlantic Consumer Dialogue. Creative Commons joue également un rôle juridique et de fédérations de communautés dans les domaines culturel et scientifique.

Le mouvement pour les communs est particulièrement dynamique dans des pays du Sud:

  • En Inde : voir par exemple Gene Campaign pour les biens communs physiques et le Centre for Internet & Society pour les biens communs informationnels
  • au Brésil, l’approche des biens communs culturels et de la reconnaissance d’internet comme bien commun (Marco Civil) fait l’objet d’une rare synergie entre les politiques gouvernementales et la société civile. Les débats y sont plus difficiles en ce qui concerne les biens communs biologiques.
  • Récemment, le nouveau gouvernement de l’Equateur a développé des propositions de gestion à travers des fonds internationaux des biens communs de l’environnement et des droits des peuples indigènes.
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    La coopération mondiale entre ces initiatives est essentielle. Dans le domaine du développement des organisations comme Third World Network et le South Centre y contribuent. Dans le monde arabe, voir les efforts récents pour l’accès aux connaissances sur la base des biens communs.

    La coalition pour les communs est aujourd’hui particulièrement enracinée en Europe. Pour plus d’informations se référer aux liens dans la carte interactive ci-dessus.

    Facettes de la coalition :

    Les projets particuliers en liens n’ont valeur que d’exemples au sein d’un ensemble beaucoup plus vaste.

    Quelques réalisations au niveau international :

    … mais le plus important, c’est la constitution des biens communs eux-mêmes et les collaborations qu’ils suscitent.

    Soubassements philosophiques et empiriques :

    Pour devenir le fondement d’une nouvelle pensée politique, les approches en termes de biens communs doivent s’affronter à des questions complexes : la relation de l’individu et du collectif, les différentes formes de gouvernance et de gouvernement des biens communs et biens publics sociaux, leur degré de couplage ou non avec l’économie des échanges monétaires et la nature de ce couplage, l’élaboration d’une philosophie du droit adaptée aux biens communs. Les approches de ces questions doivent respecter les différences et la complexité et les spécificités des différents domaines. Pour en savoir plus, quelques auteurs :

    Reprise dans le champ politique :

    La coalition pour les biens communs n’est pas un mouvement constitué : c’est un mouvement à configuration variable. Mais la force des idées et pratiques qu’elle défend ont déjà contribué à restructurer le champ politique. Certains acteurs politiques s’y réfèrent explicitement : les écologistes et les courants socialistes qui défendent une approche renouvelée (non asservie aux acteurs économiques installés) de l’innovation, de la création et de la démocratie, avec par exemple en France le groupe Accès aux savoirs d’Europe Ecologie et le groupe Civilisation Numérique du Laboratoire des idées du PS. La portée de l’idée d’une coalition des biens communs dépasse de loin ces courants. Les débats entourant le refus de la brevetabilité des logiciels et les oppositions à la mise en oeuvre technologique des droits restrictifs d’usage des oeuvres ont montré que des acteurs issus des traditions communistes, républicaines, sociales liées aux religions ou libérales politiques peuvent aussi investir et porter ces idées. Lorsque des traditions politiques antérieures s’emparent des idées liées aux biens communs, elles y amènent souvent des modes de pensée qui leur sont peu adaptées : économie administrée ou pratiques manageriales d’optimisation ponctuelle dans le champ de l’information ; laisser-faire dans celui des biens communs physiques ; un mélange étrange d’économisme, d’anti-étatisme, de bureaucratie et de pratiques manageriales de réduction des coûts dans celui des biens publics sociaux ; ou enfin une compréhension insuffisante du degré auquel les réalisations collectives des biens communs d’aujourd’hui sont enracinés dans les libertés individuelles. Mais ces tensions sont propres à toute grande reconfiguration.

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