Le numérique, les états, la surveillance et nous

Je publie ici la première partie de mon intervention à la librairie Ombres Blanches de Toulouse le 11 novembre 2016. Le deuxième partie, consacrée à « Pourquoi faire littérature autour de la surveillance ? » se trouve sur le blog de publie.net.


Je vais essayer d’organiser le temps de cette rencontre en deux parties. La première sera consacrée à ce qu’ailleurs on appelle faire le libraire d’un soir. Je vais effectuer un tour d’horizon de quelques livres que je crois importants pour comprendre non seulement le développement actuel de la surveillance numérique, mais ce qu’elle nous fait ou fait de nous et ce que nous pouvons faire. En particulier de pourquoi ne pas jeter le numérique avec ce qu’en font les puissances qui s’en sont emparé. La seconde partie abordera le rôle spécifique de formes actuelles de l’activité littéraire pour aider les individus et le collectif mis à mal par l’égarement médiatique et numérique à se reconstruire.

Nous avons deux heures, c’est à dire 1h45 en mathématique des rencontres. J’essayerai – quitte à m’arrêter en chemin – de laisser 20’ pour des échanges dans chaque partie. Donc on ne va pas flâner, mais quand même j’espère prendre le temps.

Racines et âge numérique de la surveillance

Commençons par un livre récent (2014) qui aborde au passage un passé assez lointain, L’affaire Snowden d’Antoine Léfébure1. Antoine Lefébure, avec qui nous explorons ces questions depuis 1976 (et lui a commencé en 1975), est historien des médias et de leurs relations aux états. L’affaire Snowden est une relation détaillée et instructive des révélations d’Edward Snowden et des réactions qui ont suivi. Il les met en perspective dans un contexte plus large, notamment celui de la dénonciation par Duncan Campbell à partir de 1988 du système Échelon de surveillance générale des communications par satellite et câble sous-marin mis en place par les États-Unis et quatre de leurs alliés anglo-saxons (les five eyes). Mais, à l’occasion, Antoine Léfébure renvoie aussi à des antécédents beaucoup plus anciens de la surveillance de masse, mis en place par l’église catholique au 12e et 13e siècles. Il souligne trois éléments très instructifs de ces précédents médiévaux :

  • le fait que la surveillance s’exerce dans le secret au nom d’une raison supérieure : comme les condamnés de La Colonie Pénitentiaire de Kafka qui ignoraient le motif de leur sentence et ne la découvraient qu’au terme de son exécution, les victimes de l’inquisition vont ignorer les charges qui pèsent sur elles et devoir se défendre à l’aveugle,
  • le projet d’un gouvernement des âmes qui pourtant repose sur l’hypothèse de la liberté de l’esprit et enfin,
  • la grâce aux repentis pourvu qu’il confessent toutes leurs coupables relations avec l’hérésie, qui par leurs révélations permet d’identifier des hérétiques qui ne sont pas auto-incriminés.

L’important, pour ce qui va suivre, c’est la notion de gouvernement des âmes. Mais on va voir qu’il ne s’agit plus exactement de gouvernement (dans le sens de donner une direction), ni seulement des âmes.

Alors le numérique serait-il business as usual ? Vous seriez donc venus en entendre parler pour rien. Point du tout. Pour construire la scène, permettez-moi un petit détour par mon propre travail dans Cause commune (2005). Le chapitre qui introduit l’ouvrage est intitulé « Deux mondes en un » et en voici trois pages2 :

Tout se passe comme si deux mondes habitaient une seule planète, y traçant des routes complètement différentes.

Dans le premier, des programmeurs de logiciels libres distribués dans le monde entier créent, sans recours aux transactions monétaires, des réalisations techniques plus complexes que ce dont l’humanité a pu rêver jusqu’à il y a peu. Le partage des goûts et des créations réinvente la diversité culturelle autant qu’il la brasse. L’usage des technologies de l’information et de la communication, du courrier électronique aux listes de discussion, des sites Web coopératifs à la mise en réseaux d’informations mutualisées, favorise l’apparition de nouvelles solidarités mondiales et locales. L’émergence de ressources et d’outils partagés pour l’information, par la preuve qu’elle apporte des bénéfices de la coopération et de la solidarité, renforce l’idée qu’il existe des biens communs porteurs d’avenir. Les acteurs de ces domaines s’allient à ceux qui combattent pour préserver les biens publics mondiaux fragiles de la sphère physique (eau, air, climat, environnement). Les solidarités sociales s’enhardissent et se donnent les moyens du contrôle qualitatif des formes d’échange et de production, valorisant dans un même mouvement le commerce équitable, les économies d’énergie et le partage des connaissances. Elles explorent de nouveaux moyens de doter de ressources suffisantes les biens publics sociaux (éducation, santé, revenus pour tous). Une nouvelle ère du politique s’ouvre, qui s’appuie sur l’État à toutes ses échelles et sur les institutions internationales sans avoir besoin qu’ils contrôlent la vie sociale dans le détail.

Dans le second monde, des multinationales produisent des contenus standardisés (films, produits de marque, formats d’émissions télévisées) qu’elles déclinent en versions « localisées ». Elles consacrent des sommes gigantesques à les promouvoir auprès de ceux qui sont assez riches pour se les payer, ou pour que leur attention soit vendue aux annonceurs publicitaires. Elles défendent leurs monopoles par de multiples murs de propriété : brevets, droits d’auteur patrimoniaux dont la mise en œuvre est maintenant assurée par la technique et la surveillance, à un moindre degré, marques. Les mécanismes complexes des transactions liées aux licences de brevets et de copyright leur permettent d’échapper aux prélèvements fiscaux. Dans ce monde, nous devenons les terminaux de la musique que nous écoutons, de médias qui ne nous permettent plus de distinguer mise en scène et réalité. Des campagnes d’information gouvernementales nous invitent à adopter une alimentation saine, alors que pour l’immense majorité de la population ni l’offre du supermarché du coin, ni les messages publicitaires généraux, ni les contraintes de temps ne permettent d’adopter ces comportements. Dans ce monde, nous sommes les cibles de médicaments – bientôt personnalisés génétiquement – que nous consommons, les logiciels nous utilisent plus que nous ne les utilisons, et nous éprouvons leurs mises à jour comme autant d’épreuves non choisies. Les marges de profit inimaginables des industries qui possèdent des monopoles sur l’information transforment l’économie physique en une dépendance subissant en permanence la pression de la maximisation des revenus financiers. Les territoires, les travailleurs, y sont jetables, ou reconfigurables à merci. Dans les marges de ce monde, ceux qui ne réunissent pas les conditions de revenu ou de socialisation pour être des terminaux rentables survivent de débrouilles aux franges de la légalité et des miettes de systèmes de solidarité privés de leurs ressources. La criminalité organisée prospère sur la déconnexion entre prix et coûts de production, qui lui permet de transformer la contrefaçon en industrie utilisant les mêmes circuits que les multinationales. Ceux qui disposent du confort nécessaire tentent d’échapper à la perte de sens qui résulte de tous ces mécanismes par le repli sur soi et la reconstruction d’un environnement protégé dans une sphère privée.

Notre présent est gros de ces deux mondes. Ils l’habitent l’un comme l’autre, mais leur cohabitation est si tendue, si explosive, que l’heure des bifurcations arrive. Dans les quelques années qui viennent, nous allons prendre des décisions qui détermineront de façon irréversible lequel de ces deux mondes va dominer notre avenir. Mais d’où viennent ces deux mondes ? Une cause commune les a mis en mouvement. La naissance de techniques permettant d’extraire l’information, de la créer, de la transformer, de lui donner forme, de l’échanger, de reconnaître des éléments d’information dans ce qui paraissait autrefois simple agencement de matière ou mystérieux phénomènes du vivant, constitue cette cause commune.

Le deuxième chapitre « L’information et ses techniques » tente de saisir la substance des transformations induites par l’informatique et internet comme constituant une mutation anthropologique fondamentale et là En voici quelques lignes 20 :

… l’arbre de l’ubiquité informationnelle peut cacher la forêt de la révolution humaine liée aux techniques de l’information. Et pourtant, la rupture profonde qui caractérise l’ère de l’information et de ses techniques est bien une rupture humaine, anthropologique. Lorsque beaucoup des objets techniques informationnels actuels ne seront plus que des objets de curiosité pour les archéologues des techniques, il restera ce moment où l’humanité s’est dotée d’outils qui lui ouvrent de nouvelles façons de penser, de représenter, d’échanger, de créer, de mémoriser. La révolution informationnelle, c’est ce temps exceptionnel où des machines qui traitent de l’information, quoi que cette information représente, nous permettent de nous servir de ce traitement comme d’une médiation pour la création et le partage de connaissances. L’apparition d’une telle possibilité, nous le verrons, ne peut se comparer qu’à la rupture paléolithique et néolithique de l’outil, de la parole et du signe, et à l’apparition de l’écriture, rupture fondatrice des temps historiques. Nous vivons aujourd’hui une cohabitation entre l’esquisse de cette médiation anthropologique fondamentale et des usages plus classiquement instrumentaux.

Pour ce qui va suivre, rappelez-vous simplement ceci :

  • Dès les années 1970, la dénonciation de l’impact de l’informatique en matière de contrôle, de surveillance, de parcellarisation des taches, de dépossession des savoirs et des savoir-faire et de perte du sens de la vie était vive.
  • Dès les années 1980 et 1990, l’informatique personnelle et l’internet fixe ont facilité le développement humain personnel et collectif pour un nombre non négligeable de personnes (à l’échelle de la planète).
  • Dès le début des années 2000, le face à face de ces deux perspectives était pensé politiquement par quelques intellectuels.

Sautons une dizaine d’années et nous voilà dans notre monde. Qu’y faire ? Certainement pas se réjouir d’avoir dit des choses pertinentes il y a longtemps. Plutôt prendre acte de ce qu’elles ont été insuffisantes. Et, pour y remédier, lire Antoinette Rouvroy, Bernard Stiegler et Grégoire Chamayou.

Antoinette Rouvroy est une philosophe du droit qui travaille à Namur. Sa thèse a été publiée et elle a édité un livre (les deux en anglais), mais l’essentiel de ses travaux se trouve dans des revues3 et des conférences dont vous trouverez de nombreuses captations sur le net. Elle s’est demandé ce qui faisaient vraiment ces grands monstres froids des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) et leur pendants sécuritaires. Pour le décrire, elle a forgé avec Thomas Berns le concept de gouvernementalité algorithmique, que vous retrouverez chez tous les penseurs contemporains de la surveillance et de ce qui est le vrai but de la surveillance : le gouvernement des esprits et des comportements. On devrait en fait trouver un autre nom que gouvernement, qui vient de gouvernail, de donner une direction, car il s’agit ici au contraire de de donner mille directions, c’est à dire aucune, mais cela ne retire rien à la pertinence du concept. Ce que font les acteurs de la gouvernementalité algorithmique, c’est de découper les traces, les informations et les données en unités élémentaires et de les analyser par des calculs relevant d’une statistique de la relation. Exemple : une requête au moteur de recherche est décomposée en unités dont les relations (avec l’ensemble du Web et des autres requêtes) sont analysées en fonction de la fréquence d’usage des mots employés, de leur co-présence statistique, etc. Séparation de l’information de son contexte et production d’un nouveau sens par normalisation statistique, ce sens constituant une prophétie auto-réalisatrice. Évidemment pour les moteurs de recherche ou les recommandations d’Amazon puisqu’on ne vous montre que ce que le calcul a sélectionné. Mais tout autant dans la copie sécuritaire que des fournisseurs de technologies ont vendu à des politiciens jaloux du pouvoir des GAFA. Dans ce cas, la détection algorithmique de signes suspects… fait de vous un suspect (par exemple de radicalisation) et traités comme tels, vou pouurriez bien le devenir.

Mais Antoinette Rouvroy ne s’est pas arrêtée là, elle s’est aussi demandé ce que pourrait être un usage humainement et socialement utile des algorithmes. Et elle en a énoncé une condition fondamentale : la diversité (de contenu et d’échelle) des unités, d’information qui sont traitées, des buts qui sont assignés à ces traitements et de l’éditorialisation de ce qui est produit (les règles de sélection, mise en forme et mise en contexte de l’information). Cela rejoint le travail passionnant de Julie Cohen dans un livre malheureusement non traduit en français : Configuring the Networked Self: Law, Code, and the Play of Everyday Practice.

Bernard Stiegler a écrit plus de 30 livres. Prenons donc le dernier, Dans la disruption, qui a l’avantage de retracer ce qu’il appelle « l’épokhè de ma vie ». Il emploie le mot épokhè dans le sens que lui donne la phénoménologie, c’est à dire la mise entre parenthèses de la réalité du monde, non pas pour la nier, mais pour découvrir le phénomène, la pure réalité de la chose apparaissant [merci la page wikipedia épokhè et Maurice Merleau-Ponty]. Dans la poésie, Mallarmé a appelé « abolition », cette mise entre parenthèses de la réalité4 qu’il pratique dans le champ de la langue ce qui nous a donné un vers célèbre « aboli bibelot d’inanité sonore » dans lequel on pourrait ne voir qu’un virtuose usage des allitérations mais qui véhicule en fait toute une philosophie de l’acte poétique.

Je vous sens inquiets, mais ce qui compte ici, c’est que ce passage par la suspension du jugement et du savoir, dans sa version philosophique chez Husserl (que je n’ai pas lu) et Merleau-Ponty ou dans sa version poétique chez Mallarmé, est la condition pour penser, faire penser, vouloir. Car le phénomène, c’est ce qui au plus profond de nous, nous projette au dehors de nous, vers l’autre, en protension (« attitude de l’esprit tourné vers l’avenir »). C’est ce qui rend possible le cheminement de la pensée.

Chez Stiegler on parle en suivant Simondon « d’individuation psychique et collective ». Et Stiegler nous montre comment la réduction de tout à des fragments d’information privés de contexte et « traités » par des acteurs opaques, crée une disruption, une perte d’époque. Le désarroi éprouvé face à cette incapacité de l’esprit à se tourner vers l’avenir. Stiegler cite un jeune homme de quinze ans qui l’exprime :

Vous ne vous rendez vraiment pas compte de ce qui nous arrive. Quand je parle avec des jeunes de ma génération, ceux qui ont deux ou trois ans de plus ou de mois que moi, ils disent tous la même chose : on n’a plus ce rêve de fonder une famille, d’avoir des enfants, un métier, des idéaux, comme vous l’aviez quand vous étiez adolescents5. Tout ça c’est fini, parce qu’on est convaincu qu’on est la dernière, où une des dernières générations avant la fin.

Et cette incapacité, pas dans le cas de ce jeune homme mais dans de nombreux autres, peut nous précipiter dans la folie, y compris meurtrière. Cette folie-là, Stiegler est un des rares qui vont à son contact, qui malgré l’effroi la pensent. Si vous voulez, Stiegler c’est ce qui renvoie Manuel Valls déclarant que comprendre c’est excuser là où il mérite d’être. D’une façon qui m’a profondément inspiré, Stiegler a pensé le numérique comme mutation anthropologique parce qu’il disposait des concepts phénoménologiques pour analyser comment la rétention à l’extérieur de nous, non plus seulement d’une mémoire (comme l’écrit), mais d’une pensée en actes (les algorithmes) ouvraient une nouvelle ère de l’humanité. Il ne s’est pas arrêté là, il a aussi compris et défendu qu’il y avait des réponses possibles à la captation de ces capacités par des acteurs sans autre but que le maintien et l’extension de leur pouvoir. Qu’il est possible de construire par l’appropriation, par la contribution, le partage, la coopération une nouvelle façon pour les individus de se construire et de construire leurs liens.

La réflexion de Bernard Stiegler se heurte cependant – comme la mienne – à une difficulté qui ne relève pas du manque d’époque, mais de la collision de plusieurs périodes. En effet, pendant que nous nous précipitons pour analyser la nouvelle ère numérique, ce sont toujours les effets de la télévision qui dominent dans de nombreux domaines : Berlusconi et son empire mafieux, Sarkozy et les chaînes d’information continue, l’oligarchie des marchands d’armes médiatico-luxueux dans la France hollandienne, le rôle de Fox News pour porter Bush puis Trump, celui de Murdoch dans la guerre en Iraq et le Brexit, tout cela, c’est de la télé, bien plus que de l’internet, même si Drahi et Murdoch ont un pied dans internet et si Trump a utilisé twitter abondamment. Qui plus est cette télé envahit et tente de sculpter à son image l’internet. Dans ce domaine, la seule ressource alternative, c’est la critique du poison qui n’est ici même pas un pharmakon 6. Malgré nos appels7 et les pratiques d’une minorité significative, on est loin du compte : la sidération du passage en boucles des images et des écrans truffés de messages décontextualisés continue à plein régime et si les usages expressifs de l’image animée se développent, leurs produits sont capturés par les plateformes centralisées de type YouTube.

Enfin, attention, si nous prenons au sérieux l’hypothèse de la mutation anthropologique, elles nous interdit de penser que « le meilleur des numériques » serait porteur seulement des positions que nous apprécions, il les portera toutes, de Daech comme des constructeurs d’humanité. Tout comme la langue, tout comme l’écrit, il peut tout exprimer et chacun s’en servira selon ses buts.

Grégoire Chamayou est aussi philosophe et fait partie comme Antoinette Rouvroy des intellectuels qui revisitent la vision foucaldienne de la surveillance et du gouvernement de soi avec un regard renouvelé par la compréhension du numérique. Dans Théorie du drone, un livre majeur, il s’intéresse à ce qui se passe dans l’organisation concrète d’une forme particulière de gouvernement, celui de l’assassinat ciblé par des drones sur la base de la surveillance continue de très nombreuses cibles potentielles. En nous détaillant avec rigueur l’organisation complexe de l’irresponsablité de chacun, ces châtiments invisibles et imprécis qui vrombrissent au-dessous de territoires entiers, la mise à distance des effets des décisions et actes, mais aussi ce qui y résiste et vient faire retour dans la souffrance face aux effets de ces actes, il nous fournit un modèle dont la portée va bien au-delà de son origine. J’ai ainsi écrit un texte littéraire mettant en scène le management bureaucratique dénoncé par David Graeber8 sous le titre Le drone social. Toujours en se plaçant du côté du surveillant et du gouvernement des esprits et des vies, Grégoire Chamayou a également écrit une des meilleurs analyses de la surveillance dénoncée par Edward Snowden dans son article Dans la tête de la NSA9.

Mais Grégoire Chamayou a aussi fait œuvre de philosophie du numérique, y apportant une contribution essentielle dans un objet éditorial presque inédit : une note de bas de page de Théorie du drone qui fait plus de 25000 signes je crois10, où il élabore le concept de coprésence pragmatique pour analyser ce qui se passe lorsqu’une interaction s’effectue à travers une médiation numérique en réseau. C’est l’un des premiers efforts aboutis pour décrire ce qu’il y a de réel lorsque nous sommes en présence l’un d’un autre sans pour autant être être localisés dans le même lieu. Bien sûr la nature ce qui se passe dépend entièrement de l’organisation de cette coprésence (qui perçoit quoi, qui peut agir, qui contrôle). Mon hypothèse est qu’il s’agit d’une base féconde pour comprendre aussi ce qui peut se passer de positif dans les interactions médiées lorsqu’elles sont organisées par et pour nous, mais s’il faudrait pour cela étendre le concept de coprésence pragmatique à des situations d’interaction asynchrones.

Voilà, j’arrête ici pour laisser le temps d’une discussion sur cette première partie.

  1. La Découverte, février 2014. []
  2. Lues lors de la présentation. []
  3. notamment Réseaux : Antoinette Rouvroy, Thomas Berns, Gouvernementalité algorithmique et perspectives d’émancipation, Réseaux 1/2013 (n° 177) , p. 163-196. []
  4. Je dois ici beaucoup au livre de Pierre Campion : Mallarmé, poésie et philosophie, épuisé en papier mais disponible en numérique aux Éditions publie.net. []
  5. Note : Là je ne suis pas sûr, je dirai plutôt que si ne nous ne l’avions pas, ce rêve, nous savions quelque part que ce n’était pas grave, qu’il y avait une session de rattrapage. []
  6. Le pharmakon, auquel Stiegler a consacré d’importants développements, est à la fois poison et remède. Cependant beaucoup des lecteurs de Stiegler ont interprète en termes de dosage ce qui relève en fait de choix sur la nature même du produit et de son administration : il ne s’agit de savoir combien de numérique, mais duquel et dans quel contexte. []
  7. Une des propositions en conclusion de Cause commune était : « la réduction du temps consacré à la télévision comme priorité sociale fondamentale ». Depuis, une partie significative de ce temps est bien passée à des usages d’internet, mais ce sont souvent des usages « télévisionnés » ou souffrant de captations du temps non moins destructrices. []
  8. Bureaucratie, Les liens qui libèrent, octobre 2015. []
  9. Revue du Crieur (La Découverte/ Mediapart) n°1, juin 2015. []
  10. Pages 335 à 342. []

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