La militarisation de la post-démocratie

Il y a des fois où il faut savoir mettre les pieds dans le plat. Cela fait un moment que je sais que les responsables les plus dénués de scrupules de l’oligarchie post-démocratique feront tout pour tuer dans l’œuf toute opposition radicale (veut dire : qui prend les choses par la racine), même si cela doit se faire en piétinant les droits les plus élémentaires, y compris par la violence exercée contre des manifestants non-violents. Il n’y a de ce point de vue aucune différence entre la façon dont Nicolas Sarkozy et Claude Guéant ont traité Occupy La Défense en 2011 et celle dont François Hollande (qui se cache piteusement derrière un gouvernement dont il a toujours tiré toutes les ficelles), Manuel Valls et Bernard Cazeneuve ont traité ces temps-ci les manifestations de lycéens d’abord puis celles périphériques à Nuit Debout. Je sais aussi que ces responsables politiques sont malins et retors, et que donc ils exploiteront toutes les occasions de reporter sur d’autres la responsabilité du désastre dont ils sont les principaux auteurs.

J’avais cependant sous-estimé la capacité de quelques-uns, pour partie bourrés de testotérone, pour d’autres sincèrement révoltés ou impatients d’un affrontement qu’ils jugent inévitable à terme, à prêter main forte à ces politiques de militarisation de la post-démocratie. Il faut le dire, et quel que soit le discours dont ils emballent leurs actes : ils sont bel et bien les idiots utiles de la post-démocratie. Dans un contexte où on munit d’armes de plus plus dangereuses les forces de maintien du désordre politique, où la force des mouvements émergents réside précisément dans la combinaison de non-violence et de contestation radicale, quelles que soient les motivations des lanceurs de pavés et casseurs de vitrine au hasard1, ils sont de précieux auxiliaires des policiers militarisés, qui les laissent faire d’abord puis se servent de leurs actes pour réprimer et terroriser les autres manifestants. Et effet de bord secondaire, pour tout arranger, il y a dans les services d’ordre de certains syndicats des petits (pas par la taille) nervis qui ne demandent qu’à contribuer eux aussi à la montée d’une violence stupide.

Alors oui, il faut tout faire pour que l’élan qui porte Nuit Debout continue, même s’il lui faut un moment disparaître d’un lieu occupé par les syndicats de police pour mieux exister dans son identité, partout et aussi là où on ne l’attend pas.

  1. À ne pas confondre avec ceux qui occupent ou bloquent des locaux des entreprises qui détruisent la planète et nos sociétés. []

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