Personne n’ira à notre place

Il y a plus de 120 organisations nationales et des dizaines de groupes locaux qui appellent à sortir de l’état d’urgence, à s’opposer à son inscription dans la constitution, aux lois qui installent progressivement un état policier et à la déchéance de nationalité. Les manifestations organisés dans de nombreuses villes françaises (carte en cours) le samedi 30 janvier 2016 après-midi seront un moment clé de cette opposition. Et je vous le dis tout net, si nous ne nous en occupons pas, cela ne servira à rien.

Nous avons laissé le gouvernement actuel et ceux qui espèrent le remplacer pour faire la même chose ou pire installer un état du monde dans lequel :

  • la peur et l’émotion passent en boucle pour sidérer la pensée,
  • quelques « droitdelhommistes » (terme devenu une insulte méprisante dans la bouche des gouvernants) et gauchisants s’agitent sans parvenir à arrêter le train des atteintes aux droits,
  • les jeunes et moins jeunes reconstructeurs du commun restent confinés dans des luttes spécialisées (traitées de plus en plus brutalement) et peinent à influer sur le devenir social d’ensemble,
  • des millions de personnes sont tenues à l’écart du débat sur notre devenir par leur ségrégation, leur stigmatisation, la peur des amalgames et la dureté de leurs conditions de vie et,
  • le reste d’entre nous est invité à continuer à s’amuser les fins de semaine tout en effectuant le reste du temps des travaux que la bureaucratie manageriale s’efforce de rendre de plus en plus stupides.

C’est à nous de démontrer que cet état du monde ne pourra pas s’imposer jusqu’au moment où c’est la peur de tous qui interdira de s’y opposer. Beaucoup ont appris à exprimer des choses vraies et belles pour dire qu’ils ou elles préféreraient que pas. L’internet et ses conversations en bruissent de ces vérités et de ces beautés humaines. Mais maintenant, ce n’est pas juste de vérité et de beauté que nous avons besoin. Où plutôt pour ce soit vraiment des vérités, que la beauté ne soit pas qu’un reflet illusoire, il faut que nous soyons prêts à les porter avec nos corps dans un espace public que nous nous réapproprions.

Concrètement, ça veut dire quoi ?

Que si on trouve que les manifs et rassemblements, c’est nul, et bien c’est à nous d’y amener les paroles que nous construisons.

Que ça ne marchera que si chacun invite ses ami(e)s à y venir, à y aller ensemble.

Que si les drapeaux d’organisations et les sonos qui cachent ou produisent le silence nous font fuir, il faut les noyer dans nos présences, nos pancartes, nos banderoles si on peut, et alors soudain, ceux-là mêmes qui nous faisaient fuir, ils deviendront bienvenus.

Que oui, on pourra encore festoyer, baiser ou s’amuser avant ou après, mais pas sur consigne obligatoire.

Qu’aucun effort ne doit être ménagé pour que tous ceux et celles qui partagent le but de ces manifestations s’y sentent bienvenus, appréciés, protégés.

Que s’il n’y a pas de manifestation dans votre ville, organisez-en une. Voir déclaration en préfecture ou en mairie (nota : il y a plus d’un million d’associations en France, donc ça devrait être possible d’en trouver une pour la déclaration). Et n’oubliez pas de la mettre sur la carte.

À bientôt.

Un seul commentaire

  • Oui, à nous de résister à cet « état en urgence ». Tous les français doivent êtres égaux en droit et en devoir. Un des premiers devoirs d’un citoyen est de légitimer ou non la politique menée en son nom. Mes idéaux (inculqués par la parole publique mais violés par les agissements et discours du gouvernement dans sa majorité) me poussent à ne pas légitimer cette politique de l’obscurantisme.

    Merci Philippe, on ne se connaît pas mais je vous apprécie déjà. 🙂

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