Je ne pavoiserai pas

Je ne répondrai pas à l’injonction gouvernementale d’ornementer la fenêtre devant laquelle j’écris du drapeau tricolore. L’émotion, je la ressens, bien sûr pas comme ceux qui ont été touchés directement, pris dans l’horreur ou ceux qui y ont perdu des proches, mais elle a creusé son chemin en moi et elle y est entrée comme quelque chose d’intime mais aussi comme un corps étranger. J’habite tout près, mais ce serait je crois pareil si j’étais loin. C’est en fait précisément à cause du chemin complexe qu’elle a tracé en moi que je suis littéralement révulsé par l’étatisation de l’émotion, par son appropriation par ceux-là mêmes dont le destin politique ne tient plus qu’à son instrumentalisation permanente. Non, je ne mettrai pas non plus une banderole avec dessus « non à l’état d’exception permanent ». Je n’exprimerai pas à la fenêtre ce que je pense de la déclaration du premier ministre au Sénat invitant à ne pas saisir le conseil constitutionnel sur la loi sur l’état d’urgence parce que cela risquerait d’aboutir à l’annulation de centaines de perquisitions qu’il sait donc attentatoires aux droits fondamentaux. Ce n’est qu’ici, dans l’un de mes espaces d’écriture que je me poserai la question de combien de vocations violentes résulteront de ces perquisitions ou des contrôles au faciès multipliés et rendus plus graves par la stigmatisation qu’ils véhiculent ces jours-ci. Chacun fera ce qu’il veut. Mais méfiez-vous des apprentis sorciers de la guerre et de la haine, méfiez-vous des médiocres qui ont renoncé à parler à tous et d’écouter ce qui est désagréable à entendre. Et plus que tout, méfiez-vous de ceux qui veulent vous dire quels mots utiliser, quel drapeau afficher, quel hymne chanter.

11 commentaires

  • Je ne l’aurais pas si bien écrit. Je suis profondément d’accord. Merci.

  • Entièrement d’accord avec vous sur ce point la. A seulement quelques jours des attentats qui ont frappés la France, le Mali, ou encore la Tunisie, tout le monde a tendance a réagir a chaud sous le coup de l’émotion. Tout le monde peut s’identifier (« et si c’était nous ? ») mais, aussi difficile que cela soit, il faut savoir garder la tête froide pour regarder ce qui est en train de se produire. Ce n’est pas manquer d’empathie que de vouloir appliquer la règle de droit et protéger ses libertés. Il est temps d’ouvrir les yeux afin que notre constitution ne devienne pas liberticide et que l’état d’urgence ne devienne pas la norme et remplace la république telle qu’on l’a connaissait encore il y a encore quelques semaines

  • E-Gwen a écrit :

    Bonsoir Philippe,

    Je me rebiffe avec vous.

    Merci d’avoir écrit ce que je pense aussi.

    E-Gwen

  • yazul a écrit :

    chacun a le droit de se sentir manipulé, offensé, …
    après vient la question : quand et comment nous retrouvons nous tous ensembles pour communier ?

  • Pifer a écrit :

    Et en plus on crée des Français à deux vitesses : ceux de pure souche et les naturalisés, qui plus est, binationaux. Ils ne seront jamais tout-à-fait Français puisqu’il peuvent être déchus de leur nationalité. Du pain béni pour les nouveaux prédicateurs joueurs de flûte, recruteurs de kamikazes. On les entend déjà : » vous ne serez jamais Français, venez chez nous, vous y trouverez une vraie famille…. »

  • Merci pour vos mots qui me parlent beaucoup avec l’émotion et ce profond malaise ressenti devant, comme vous le dîtes si bien, « l’étatisation de l’émotion ».

  • Gilles Garcia a écrit :

    Quand les mots sont justes, ils font du bien. Merci Philippe.

    Gilles

  • C’est surtout l’accumulation de mots justes, mais singuliers, divers qui fait du bien. Merci à toi.

  • Nationaliser l’émotion personnelle est une stratégie bien connue dans l’histoire. Je suis très touché par la façon dont ceci a été exprimé: des mots justes, pertinents et convaincants. Merci

  • cathe a écrit :

    Comme je me retrouve dans ce billet. Merci de vos mots, de ces mots qui me relient avec celles et ceux, soeurs et frères de pensée, qui éprouvent à la fois la profonde émotion de la perte mais aussi de la peur, car il me faut la reconnaitre, nier et dénier ne sont pas preuve de bravoure, mais de bravache… ries et la révolte de cette instrumentalisation mortifère du politique, des néo conservateurs dont la face devient de plus en plus hideuse…

  • bianne mireille a écrit :

    merci pour vos bons mots.moi non plus je n’ai pas repondu a cette injonction gouvernementale :on ne peut pas continuer à nous manipuler pour servir les politiques .peu de réponses à TARBES ET il nous faut résiter

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