L’agonie d’une certaine Europe

Jour après jour, la politique des institutions et des États européens à l’égard de la Grèce nous donne un spectacle macabre, celui de l’agonie d’une certaine Europe. Si nous voulons demain, après sans doute des moments plus difficiles encore, en reconstruire une autre, il est indispensable que nous prenions conscience de ce qui est en train de mourir sous nos yeux. On sait assez que le sort de la Grèce ne m’est pas indifférent, mais ne nous y trompons pas, ce n’est pas elle qui est en train de s’effondrer, au contraire elle prouve jour après jour que du fond du trou économique et social, elle trouve en elle la force de faire revivre le politique, avec ses divisions, ses dangers mais aussi sa force de créer du sens commun. Non, c’est bien chez les autres pays de l’Eurogroupe et du Conseil européen que la tragédie se joue. Qu’est-ce donc qui est en train d’agoniser : c’est précisément ce que certains tiennent comme la grande originalité, le grand succès de l’Europe : l’évacuation du politique en tant que choix, que débat toujours ouvert sur les devenirs de nos sociétes au profit de la gestion techno-juridique d’un ordre économique et marchand et la conception d’une pseudo-démocratie des États toujours capable de s’imposer contre celle des personnes. Cette pseudo-démocratie des États montre aujourd’hui que, jointe au fondamentalisme de marché et à la technocratie juridique et gestionnaire, elle n’est que la protection par un rideau de complexité et de règles du pouvoir oligarchique dans chacun des États et de celui propre à l’Europe. Que loin d’être un rempart face aux nationalismes elle les rend chaque jour plus forts, au sommet même de ces États. Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est qu’entre une Europe acceptant en son sein la démocratie politique des personnes (et elle seule), fondée sur la reconnaissance commune de cultures diverses et de leurs liens par les influences, les traductions, les échanges, les liens entre personnes, remettant le marché à sa place d’un côté et de l’autre la tragédie de l’économisme comme préparation des guerres économiques à venir, il n’y a rien.

Même les efforts (cette fois réels) du gouvernement français pour faire face à cette tragédie historique restent hélas englués dans les mêmes présupposés. Ce dont la Grèce et l’Europe ont besoin, ce ne sont pas de conseils sur comment mieux jouer le jeu qui les tue plus ou moins vite, c’est de la capacité des personnes politiques à dire : là cela suffit, nous devons tous collectivement (parmi d’autres exemples) annuler une grande part d’une dette que nous avons laissé se créer au profit de nos oligarchies financières respectives et qui aujourd’hui nous étrangle, reprendre en main nos destins, nous les peuples, tous, ceux d’Allemagne et Finlande tout autant que de France, Italie ou Espagne.

Cela fait des années qu’on vous le dit, pas assez fort, pas de façon assez convaincante. N’attendez pas trop pour l’entendre.

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