Cérémonie matinale

Cela se passe devant le kiosque. Visage familier et sympathique, mais je ne le reconnais pas. Pendant que je fouille mes poches pour trouver de quoi payer le Libé du jour, il m’aborde : « Alors Libé ou Parisien ? ». Puis devant mon hésitation et me montrant le Figaro : « Il y a d’autres choix ». J’objecte que non, il n’y a pas grand choix. « Allez, va pour Libé, il faut voir comment Joffrin se dépatouille de la situation ». Je réponds qu’il doit être exaucé au-delà de ses rêves, inquiet même peut-être. Mes poches se révèlent désespérément vides et j’annonce mon départ pour le distributeur de billets voisin. « Allez, je vous l’offre ». Je le remercie chaleureusement. « Ça nous fera une petite cérémonie pour la dernière fois que nous achetons un quotidien », conclut-il.

Malgré sa une inepte (« Le gouvernement est-il de droite ? »), j’ouvre le dit Libé. « Social-démocrate ou social-libéral ? » feint de s’interroger le dossier. Le gouvernement n’est ni social, ni démocrate, ni libéral. Pas social, cela se passe d’explications après le discours d’hier. Pas démocrate par son mépris des citoyens, du parlement1 mais aussi du sens des mots. Pas libéral, puisqu’il faudrait pour cela une certaine confiance dans l’émancipation et les capacités des individus. Le gouvernement gère l’oligarchie post-démocratique autoritaire. Je ne suis pas sûr qu’il faille un adjectif pour cela. Le problème c’est comment nous appellerons le nous qui sera capable de s’y opposer.

  1. Cf. par exemple l’imposition de la procédure d’urgence pour le projet de loi « terrorisme ». []

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