Voilà c’est plié…

Une succession d’orateurs sûrs de leur bon droit et confits dans l’union nationale autour de la défense ont adopté le texte de la Loi de programmation militaire issu de l’Assemblée nationale, y compris son article 13, et c’est donc terminé (contrairement à ce que nous avions annoncé dans plusieurs textes, l’Assemblée Nationale n’aura plus à se prononcer). Des gens sans doute honnêtes ont cru qu’en rassemblant des morceaux d’une loi de 1991 (quand le Web n’existait même pas sauf au CERN) et d’une loi d’exception provisoire de 2006, en y ajoutant quelques modernisations et extensions dont ils n’ont pas dit un mot en réponse aux critiques, on servait l’intérêt général. Ils ne comprennent rien au numérique, n’ont tiré des scandales révélés par Edward Snowden qu’une idée, c’est que les américains et leurs grands de l’informatique sont des méchants et qu’on peut s’en servir pour déconsidérer les critiques émanant du monde numérique. Ils n’ont pas dit un mot des défis de protéger les citoyens contre cette surveillance et cette dépossession, premier devoir de tout pouvoir politique légitime, auquel les ont rappelé 500 écrivains et artistes de la planète aujoud’hui. Non, ce n’est rien, passez votre chemin. On s’occupe de votre sécurité. C’est pour votre bien, comme les caméras de surveillance. C’est aussi pour cela que la France a accepté au Conseil européen le report de l’adoption du règlement sur la protection des données à 2015 en obtenant en échange la mise en chantier d’une nouvelle directive répressive en matière de droit d’auteur. C’est aussi pour cela que la France s’abstient de toute mesure de suspension du Safe Harbour agreement vis à vis des compagnies que nos politiques sont pourtant si prompts à dénoncer quand il s’agit de défendre des champions nationaux qui ne rêvent que de faire la même chose. C’est pour cela qu’on n’a pas dit un mot des industriels des technologies de surveillance qui les vendent en Chine et même aux Etats-Unis quand ils y arrivent. Ce sont les fleurons de notre économie, comme le sont nos brillantes start-ups de la publicite ciblée.

Nous devons nous excuser de n’avoir pas vu le danger plus tôt. De ne pas avoir réussi, nous les orphelins numériques à éduquer nos parents politiques. Mais nous continuerons à construire un monde de capacitation de chacun et de collaboration. Pas même contre eux, mais s’il le faut sans eux.

4 commentaires

  • « Des gens sans doute honnêtes ont cru qu’[…]on servait l’intérêt général. Ils ne comprennent rien au numérique… »

    Je ne vais pas discuter du caractère honnête ou pas des sénateurs. Mais il me semble que croire qu’ils servent l’intérêt général, c’est ne rien comprendre à l’organisation de l’ordre social actuel sous nos « belles démocraties ».

    Malgré sa prudence stylistique, la conclusion de ce billet invite avec justesse à réaliser que la défense et la poursuite de l’intérêt général ne peuvent être abandonnées à une minorité gouvernante.

  • […] mention de l’article […]

  • @gibus: dans l’extrait cité, je n’ai pas écrit qu’ils servaient l’intérêt général, mais qu’ils croyaient sans doute réellement le servir.

    A part ça, merci.

  • francois.carmignola a écrit :

    Il y a là dedans 3 choses:
    D’abord comme vous le décrivez très bien une immaturité et une incompétence profonde de nos législateurs sur ces questions.
    Ensuite que cette bêtise (il faut bien employer le mot) n’est pas clivante en ce qu’elle est parfaitement partagée par les bords politiques qui se succèdent à la majorité législative. L’incapacité de ce qu’on appelle la gauche à faire mieux que le « anéfé » est ici manifeste.

    Je laisserais pour la fin une proposition qui pourrait vous plaire et qui ne peut être que la seule solution possible au dilemme de l’information totale: il nous faut des lois qui interdisent que soient versées aux dossiers judiciaires concernant des particuliers des résultats d’écoutes caractérisées par un espionnage « inapproprié » (la chose pouvant être définie précisément suivant la méthode de prélèvement). On aurait ainsi un moyen légal non pas d’interdire la prise d’information, mais son usage.
    Car ce qui caractérise les démocraties, ce n’est pas que l’information soit publique, c’est qu’on ne puisse s’en prévaloir pour opprimer!

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