La valeur du non marchand

Thomas Piketty vient de publier Le capital au XXIe siècle, ouvrage dans lequel il aborde la question de la mesure de la richesse, pour discuter de politiques de réduction des inégalités. Malgré l’admiration que je porte à ces travaux et le soutien que j’apporte aux propositions liées, je suis conduit à m’interroger sur une limite du domaine qu’ils couvrent, à savoir l’impasse sur la valeur des activités non marchandes qui se développent à grande échelle dans l’univers numérique. Cette limite risque de handicaper sérieusement la réflexion sur la valeur et la justice sociales : que savons-nous par exemple de la distribution sociale de la contribution à la sphère non marchande et des bénéfices qui en sont retirés ? Je vous propose donc un parcours des efforts existants pour mesurer la valeur du non marchand.

La valeur créée par le secteur public et celle des communs

Abordons l’analyse de la valeur des activités non marchandes et des biens communs qu’elles produisent, à travers un petit détour par le secteur public. Dans le chapitre 2 de son ouvrage, Thomas Piketty discute notamment la contribution du secteur public à la richesse nationale. Il fait remarquer que de ne pas comptabiliser cette contribution serait aberrant, puisque dans deux situations, par exemple concernant l’éducation, où chacun recevrait des bénéfices identiques à des coûts (directs ou indirects) identiques, la richesse nationale serait estimée considérablement plus importante si l’éducation est fournie par le secteur privé que si elle l’est par le secteur public. Il rappelle par ailleurs que la part du PIB consacrée par les ménages à la santé est bien supérieure aux Etats-Unis qu’en Europe alors que les bénéfices de santé publique y sont clairement inférieurs. Une mesure de la richesse qui exclurait celle produite par le secteur public serait donc radicalement aberrante. Souvenez-vous en chaque fois que vous entendrez un politicien affirmer que seules les entreprises créent de la richesse.

Mais que se passe-t-il lorsqu’une grande partie des richesses sociales et culturelles sont produites par les êtres humains hors de toute transaction marchande et librement partagées en biens communs au moins dans l’espace non marchand ? Quand les encyclopédies commerciales ne seront que des sous-produits de Wikipedia et d’efforts universitaires non marchands comme la Stanford Encyclopedia of Philosophy ? Quand la littérature et l’art se créeront et se partageront principalement dans des activités non marchandes et leur commerce en biens et en services ne seront qu’une sorte de sous-produit (important) de ces activités non marchandes ? Si nous avons un troisième secteur en plus du privé et du public qui est celui du commun, pouvons-nous nous permettre de ne pas « compter » sa valeur ? Et si nous devons la compter, est-ce que cela peut se faire en termes économiques ?

La valeur des communs naturels

Ce n’est pas la première fois que les économistes, les philosophes politiques ou les sociologues sont confrontés à ces questions. Elles ont déjà surgi autour de notions comme la valeur des services rendus par la nature (ou plus spécifiquement les insectes pollinisateurs ou la biodiversité), qui ont pris de plus en plus d’importance avec le développement de la pensée écologique. Or les solutions élaborées pour prendre en compte de la valeur des communs naturels par les économistes et les décideurs politiques dont la pensée est dominée par l’économisme sont profondément insatisfaisantes. Ces solutions se situent pour certaines du côté de l’offre, tentant d’évaluer le coût de production de ressources équivalentes dans le secteur marchand, ou la perte de richesse qui résulterait de leur absence, ce qui atteint ses limites quand cette absence serait fatale à l’humanité. D’autres approches se situent du côté de la demande en tentant d’évaluer combien chacun serait prêt à payer, par exemple pour un environnement propre, ou en demandant de comparer la valeur attachée à telle ou telle propriété des communs naturels à celle attribuée à des biens objets de commerce. Même bien intentionnées1, ces approches aboutissent à des résultats si arbitraires qu’ils ne peuvent en aucun cas justifier le coût éthique et politique de la réduction de biens communs ou droits fondamentaux à une valeur économique.

Quantifier la valeur des activités non marchandes informationnelles ?

Mesurer la valeur des activités non marchandes humaines est encore plus nécessaire et plus difficile. Plus nécessaire, parce qu’à l’ère numérique, si nous ne conservons comme mesures du bien social que les seules activités donnant lieu à des flux ou des stocks monétaires (biens ou services marchands ou publics), nous allons passer complètement à côté d’une part majeure de la création de valeur par les êtres humains. Plus difficile par ce que les artifices employés pour mesurer la contribution du secteur public ou celles des communs physiques, déjà limités et biaisés, se révéleront ici encore plus inadaptés. Commençons donc par un petit paysage des techniques utilisées pour mesurer la valeur créée ou accumulée du fait des activités non marchandes informationnelles, avant d’explorer quelques pistes pour faire mieux.

Les limites de la réduction à l’économique

Tout d’abord les méthodes de réduction à l’économique. On pourra se demander ce que serait le coût des activités non marchandes numériques s’il fallait payer ceux qui les conduisent. Cette méthode a ainsi été utilisée pour évaluer ce qu’aurait été le coût de production des logiciels libres composant GNU/Linux si l’on avait employait des programmeurs salariés ou freelance pour l’effectuer. Cette méthode est extrêmement critiquable même si l’importance du montant obtenu a pu être utile pour souligner l’importance des réalisations des logiciels libres. On peut d’abord sérieusement douter qu’un effort commercial ou administratif puisse jamais parvenir à réaliser un tel écosystème2. Ensuite, cette mesure néglige la valeur de toutes les réalisations intermédiaires qui n’ont pas abouti à des produits distribuables, mais restent disponibles et réutilisables à divers degrés. Plus encore, cette mesure par le coût de production ignore que la principale valeur produite réside dans l’internalisation de compétences chez les individus, dans un contexte où celles-ci sont totalement et librement utilisables3. Enfin, la méthode n’est pas applicable à des activités qui n’ont pas d’équivalent dans la sphère marchande, en particulier la communication inter-personnelle ou sociale, l’expression individuelle de masse (écriture, photographie, vidéo, etc.), le partage des connaissances et des œuvres culturelles, etc. Une variante de l’évaluation par le travail fourni réside dans la mesure du temps passé aux activités (cf. plus bas). Dans le cas de la valorisation comptable du bénévolat pour les associations, elle repose généralement sur le calcul du nombre d’heures et l’application d’un taux horaire conventionnel.

Toujours dans le champ de la quantification de la valeur par réduction à l’économique, on peut mesurer le marché de la fourniture de moyens aux activités non marchandes (télécommunications, logiciels, intermédiation, services Web, etc.) et celui de la valorisation économique dérivée des produits de ces activités (à travers l’édition de contenus préalablement partagés ou d’activités de services comme l’enseignement, les concerts ou les performances, etc.). Cet exercice est instructif, puisqu’il permet d’observer que la fourniture de moyens aux activités non marchandes des individus représente une part importante du PIB, bien supérieure à celle de la vente à ces même individus de contenus ou de services d’accès aux contenus4. Cependant, évaluer la valeur des activités non marchandes par la mesure économique des activités qui leur fournissent des moyens revient à dire que les activités non marchandes elles-mêmes ne sont pas productrices de valeur, ou bien que celle-ci est entièrement captée par les fournisseurs de moyens (comme le croient ceux qui hallucinent une nouvelle économie fondée sur l’exploitation des données). La première hypothèse est ridicule et la seconde décrit une situation inacceptable, qui heureusement n’est pas une réalité, car il ne fait pas de doute que les activités non marchandes (expression, communication, collaboration, etc.) produisent une valeur sociale considérable pour ceux qui y participent. Cette valeur est irréductible aux exploitations dérivées qu’en font les intermédiaires par exemple. A vrai dire, on peut penser que l’économie de la fourniture de moyens et de l’exploitation dérivée des données reste limitée par rapport à l’importance que les activités non marchandes numériques occupent dans notre vie individuelle et sociale.

Pour tenter de mieux cerner cette valeur, certains économistes tentent de raisonner sur la valeur des compétences internalisées par les participants aux activités non marchandes, telle qu’elle peut par exemple être négociée sur le marché du travail ou des activités économiques liées à la réputation (par exemple enseignement, concerts, etc.). Cette approche présente l’avantage pour les réductionnistes5 de permettre d’affirmer que les activités non marchandes visent en réalité l’intérêt économique de ceux qui les conduisent, mais simplement de façon plus dérivée. Le problème n’est pas ici qu’il puisse y avoir une motivation ou des bénéfices économiques d’activités non marchandes, mais que ceux-ci soient considérée comme constituant leur valeur, alors que dans la plupart des cas ils sont inexistants et dans les autres cas ils ne suffiraient pas à expliquer l’ampleur de l’investissement des personnes concernées.

Enfin un dernier courant tente d’estimer la valeur des activités non marchandes en termes économiques en estimant combien les gens seraient prêts à payer pour elles. Le problème est que cela ne peut se faire qu’en commençant par les en priver ou par des artifices complexes. Dans le premier cas, il pourra s’agir d’atteintes majeures à la neutralité du Net permettant ensuite de faire payer la levée de ces atteintes. Dans le second cas, il s’agit de recourir à des techniques d’estimation comparative reposant sur des questionnaires dans lesquels on demande de classer la valeur attachée à la pratique de différentes activités dont certaines sont l’objet de mesures économiques. Dans les deux cas, cela revient en fait à estimer la valeur qu’aurait la pratique de ces activités si elles n’étaient pas non marchandes, comme si leur valeur ne reposait pas de façon intrinsèque sur leur caractère non marchand (et les absences de coûts de transactions liés). Notons que poser la question de combien les gens seraient prêts à payer pour que les activités non marchandes se développent plus avant est tout à fait raisonnable et important (par exemple pour définir des dispositifs de financements mutualisés comme la contribution créative) mais cela n’a rien à voir avec l’estimation de leur valeur intrinsèque.

Les mesures non économiques

Il n’est donc pas étonnant qu’on ait tenté de définir des mesures non économiques de la valeur produite dans les pratiques non marchandes numériques. Trois grands courants existent en la matière qui utilisent respectivement le temps qui leur est consacré, la quantité d’information et les liens entre personnes qu’elles produisent. La quantité d’information est tentante parce qu’elle est relativement facile à quantifier à différentes échelles (voir les travaux des promoteurs de la bit tax). Mais il est clair que sa relation avec la valeur des activités sous-jacentes n’est pas proportionnelle, et que la distinction de la part attribuable aux activités marchandes et non marchandes est impossible sauf à générer des coûts de transaction et contrôle inacceptables. Je me limite donc dans la suite aux deux autres approches.

Budget-temps

Lorsqu’il est libre de contraintes externes, l’usage du temps est sans doute l’un des indicateurs les plus fiables de la valeur (multiforme) que nous attribuons à une activité. Une grande part de cet usage est inséré intimement dans l’économie monétaire soit par le travail soit par la consommation (y compris la consommation de services gratuits financés par la publicité). Une autre part prend place dans des activités dites de reproduction (par exemple soins et attention portée aux enfants, cuisine, mais aussi sommeil et toilette) dont il ne fait pas de doute qu’elles sont créatrices de valeur individuelle et sociale, mais qui sont souvent contraintes (cf. par exemple la répartition inégale hommes/femmes les concernant). Enfin on trouve les activités dites de temps libre, où là aussi la création de valeur sociale est très variable. L’étude des budget-temps est très précieuse pour souligner la part importante qu’y occupent certaines activités, indiscutablement créatrices de satisfactions pour soi et les autres, de lien social et de compétences internalisées, mais non comptabilisées économiquement.

Les difficultés mentionnées dans le paragraphe précédent (distinction entre activités librement choisies et contraintes, contribution très variable d’une même unité de temps) ne sont qu’un des éléments qui rendent difficile d’utiliser les budget temps pour estimer la valeur globale des activités non marchandes. L’évaluation statistique de l’usage du temps est coûteuse, particulièrement pour les activités pratiquées par unités élémentaires de courte durée ou en parallèle avec d’autres comme le sont souvent les activités numériques. Qui plus est, nos appareils statistiques ont été conçus avec un très fort biais en faveur de la mesure des phénomènes générant des transactions économiques, y compris dans ces statistiques sociales ou d’écologie humaine que sont les budget-temps. Comme je l’ai souvent signalé, il est aisé de savoir combien de temps les personnes passent à utiliser des sites de commerce électronique mais très difficiles de savoir combien de temps elles passent à écrire ou à classer des photographies. Malgré ces limites, l’analyse des usages du temps est indispensable à la compréhension de la valeur non marchande, et il faut souhaiter que de nouvelles études se développent avec une attention particulière pour les activités non marchandes.

Les indices de valeur résultant de l’appréciation des autres

Puisqu’il s’agit de mesurer une valeur sociale, il semble naturel de dépasser les mesures qui ne portent que sur les choix de pratiques par une personne pour elle-même en évaluant l’appréciation des produits des activités non marchandes des autres. C’est l’approche que j’ai suivie pour la conception de la contribution créative. Les mesures destinées à sa répartition évaluent la contribution relative à la culture partagée hors marché. Elles ne se préoccupent donc pas directement d’estimer la taille de cet univers. Les dispositifs mis en place pour mesurer la contribution relative à un domaine donné de l’univers non marchand peuvent cependant fournir des indications importantes, notamment pour évaluer l’évolution du volume des activités de contribution et d’appréciation dans ce domaine. On prendra bien sûr garde à ne pas utiliser les montants économiques globaux des dispositifs de financement associés comme une mesure de valeur. En effet, ce montant global est l’objet d’une décision politique sous contraintes de nombreux facteurs, dont certains sont étrangers à l’univers non marchand comme les ressources économiques des ménages.

Sous réserve d’autres idées (il s’agit d’un domaine exploratoire), la combinaison de mesures statistiques fines des budget-temps et de données permettant d’apprécier numériquement l’évolution des pratiques contributives et de l’appréciation sociétale de leurs produits paraît de nature à fournir des indications sur l’évolution macroscopique de l’univers non marchand.

Pourquoi est-ce important ?

Mais au fait, pourquoi est-il important de pouvoir au moins connnaître l’évolution d’un indicateur de valeur du non marchand ? Il s’agit de pouvoir contrer un phénomène qui ne cesse de s’amplifier : la guerre menée au partage non marchand au nom de son impact possible sur l’économie monétaire. Or si, jusqu’à présent, les études ont montré que cet impact était limité (par exemple pour l’impact du partage non marchand de fichiers sur les revenus des industries culturelles6), il est très probable que le développement d’une immense sphère non marchande numérique va sérieusement secouer diverses bulles de l’économie monétaire actuelle. Le partage non marchand va limiter la capacité des industries culturelles à concentrer l’attention sur un petit nombre de titres, il va miner la valeur fictive associée aux prix de monopoles que les droits exclusifs rendent possibles pour les éditeurs des titres phare. And it’s fun. Mais pas pour tout le monde. Le solde économique global de la croissance du non marchand va dépendre de la capacité à contrer la force des services centralisés au profit de services décentralisés (multiplicité des prestataires et réinternalisation de certains activités chez les individus). Si la bataille de la décentralisation est menée avec succès, ses bénéfices économiques seront considérables, comme l’ont été ceux du Web dans la période 1995-2002. Ils pourront compenser tout ou partie de la destruction de valeur fictive par déflation des droits exclusifs. Cependant, même dans ce cas, la sortie du cadre marchand d’une part énorme des activités des individus va inévitablement se traduire par une guerre plus intense contre le non marchand. Il faudra disposer d’indicateurs qui nous permettent d’affirmer que cette guerre est une guerre contre chacun d’entre nous et contre la société dans son ensemble.

Une autre question

Pour éviter toute confusion, je tiens à préciser que ce qui est discuté ici n’a rien à voir avec une autre question importante, celle de savoir s’il faut souhaiter que la sphère non marchande et celle de l’économie monétaire soient nettement séparées, où s’il faut accepter qu’elles s’interpénètrent. Je reviendrai dans un prochain billet sur cette question.

  1. Ex : le rapport Stern sur le changement climatique visant à montrer que les dégâts du changement climatique non maîtrisé seraient très supérieurs au coût des politiques nécessaires pour le limiter. []
  2. Parce que sa définition repose sur le savoir distribué de centaines de milliers de personnes concernant les besoins ou souhaits des usagers et les possibilités de développement, et que les réunir entraîne des coûts de transaction ingérables pour une organisation, aussi grande soit-elle, cf. les raisonnements de Yochai Benkler dans Coase’s Penguin or Linux and the Nature of the Firm. []
  3. Contrairement à ce qui se passe pour les connaissances et compétences acquises dans un contexte propriétaire soumis aux règles d’une organisation. []
  4. Cf. UNU-MERIT. Study on the economic impact of open source software on innovation and the competitiveness of the information and communication technologies (ICT) sector in the EU. Les estimations macro-économiques (pp. 123-126) sont très approximatives, car elles reposent en partie dur des données en chiffre d’affaires en non en valeur ajoutée et les services aux personnes et ceux aux organisations y sont mal distingués. []
  5. Voir par exemple les travaux de Jean Tirole et Josh Lerner. []
  6. L’impact pour l’immense majorité des créateurs idividuels est lui positif. []

13 commentaires

  • […] qui servent à mesurer la santé de notre économie. Je suis aujourd’hui tombé sur "La valeur du non-marchand", de Philippe Aigrain. C’est pas écrit dans mon style, c’est un peu long, mais […]

  • […] Thomas Piketty vient de publier Le capital au XXIe siècle, ouvrage dans lequel il aborde la question de la mesure de la richesse, pour discuter de politiques de réduction des inégalités.  […]

  • francois.carmignola a écrit :

    La notion de valeur du non marchand est paradoxale, et vous ne voulez évidemment pas dire cela, car c’est absurde. Pourquoi se payer de mots et laisser croire que les deux sens du mot valeur (comme échange et comme désirable) peuvent se mélanger?

    Abordons le vrai sujet, et vous le savez bien, ce sont là les questions véritables: comment justifier des rémunérations hors de l’échange de biens et services, et comment étendre les droits d’usage de certains biens et services ?

    La première chose et il faut en parler tout de suite, est que ce qui accompagne l’échange marchand c’est l’impôt. C’est là l’objet du livre de Piketty : justifier de nouveaux impôts. Pour cela il faut étendre le domaine du marchand, ce qui fait que la guerre dont vous parlez a un protagoniste, l’Etat, qui a clairement choisi son camp, celui du prédateur.

    La deuxième chose, est que TOUT a un cout, car toute action humaine consomme des ressources physiques, la seule question étant de savoir comment elles sont attribuées, et en quel volume. Il faut donner à manger à la mère au foyer, et payer les infrastructures de l’internet. La question est d’organiser les échanges et de pratiquer des formes rationnelles de contrats.
    Vous vous y employez avec talent, au delà, je le rêve, de la simple spoliation en faveur de la morale : bravo !

  • Vous avez raison de souligner qu’il y a une tension entre l’impôt qui est forcément actuellement lié à des revenus et des échanges de biens et services et d’autres formes de mutualisation de ressources dans la société. Mais il n’est pas exact que l’objet des travaux de Piketty soit de justifier de nouveaux impôts. Son but est de construire un système fiscal qui soit juste et contribue à la réduction des inégalités. Dans la révolution fiscale, il prenait explicitement l’hypothèse d’un niveau d’imposition stable. Dans La capital au 21ème siècle, il propose de développer la taxation du capital pour éviter l’accumulation folle de richesses dans les mains de quelques uns. Il n’a jamais, à ma connaissance pris partie pour ou contre d’autres formes de mutualisation sociétale.

  • @françois.carmignola, au fait pour « Il faut donner à manger à la mère au foyer », je suppose que votre clavier à fourché et que vouliez écrire « donner à manger au père au foyer ».

  • rbalmes a écrit :

    Pourquoi valoriser le gratuit ? N’est-ce pas justement rendre marchand ce qui ne l’est pas par choix.

    Par ailleurs il y a toujours des externalités payantes pour le gratuit comme le montre bien ce billet http://cathologique.blogspot.fr/2013/09/la-gratuite-sauvera-le-monde.html

    La gratuité est illusoire en fait ça n’est que le financement par l’impôt, par la pub ou les dons … la gratuité ça coûte cher, mais peut-être moins que le payant

  • francois.carmignola a écrit :

    Thomas Piketty ne pose pas le problème du niveau de l’impôt, et pour cause, il considère ce niveau comme trop faible, et l’accumulation de richesses que vous considérez comme folle l’intéresse, en tant qu’Etat impécunieux.

    Les revenus que nous percevons pour nous maintenir en vie constituent
    le cout de toutes nos actions et le cout de notre sommeil.
    Calculons sur la base du smic horaire (8E) le cout d’un salarié :
    24*8*30 = 6000 E par mois, ce qui est la limite de la richesse selon Hollande.
    A ce prix, le père au foyer partageant tout à égalité avec sa femme,
    repasse donc au cout de 4E de l’heure. Sachant qu’il doit payer 8E une heure de
    ménage, il a intérêt à effectuer lui même ce travail soit disant non rémunéré, en fait financé à un cout moindre que lors d’un échange marchand.

    Un raisonnement similaire devrait s’appliquer au logiciel libre, son développement
    s’expliquant par le cout moindre de ce qu’il permet, car il est moins cher de
    faire soi même des modifications partielles à un bien existant plutôt que de
    les acheter comme un produit modifié.

    Une prévision: les techniques de production modernes tentent de s’opposer
    au bricolage en modifiant les produit en conséquence (pièces microscopiques, obsolescence programmée), cela devrait s’appliquer au logiciel à terme (utilisation de languages abscons, sécurisation ).

  • @rbalmes : le non marchand n’a rien à voir avec le gratuit. Je précise bien dans mon texte que le gratuit à financement publicitaire est une activité marchande. Le non marchand qui m’intéresse ici est celui de la sphère d’échange de contenus librement accessibles et utilisables dans la sphère non marchande, c’est à dire tout bonnement la culture et les savoirs non partagés.

  • @francois.carmignola : Piketty « en tant qu’Etat impécunieux » ? hum. A part ça, le raisonnement que vous faites sur le coût de l’heure de temps individuel est intéressant sur le plan « écologique ». Illich avait fait des raisonnements similaires (sur le temps de transport) pour montrer qu’ne réalité en comptant tout on se déplaçait moins vite en voiture qu’à pied au moins en ville. Mais je crois que ce n’est pas l’économie qui pousse le plus à se réapproprier (quand c’est volontaire) des tâches productives ou sociales, c’est le fait de devenir autonome et créatif.

  • francois.carmignola a écrit :

    Je maintiens que l’imposition n’a pas pour objet de réduire les inégalités mais de prélever le minimum nécessaire au bien commun. Une autre conception en fait une ressource illimitée au bénéfice des prescripteurs de politiques de spoliation. Et cela est d’actualité.

    Ceci étant dit, il y a une réelle opportunité à considérer que le non marchand fait partie de l’économie globale : les couvertures maladies et les droits de succession devraient pouvoir se partager dans toute communauté passant des contrats acceptables, et les biens immatériels doivent pouvoir se partager en dehors d’exploitations commerciales caractérisées. Point besoin de la notion moralisante du mariage. D’autre part, la communication d’un contenu ne peut jamais être répréhensible, alors que l’exploitation commerciale (par la publicité par exemple) de sa distribution centralisée soit disant gratuite l’est évidemment.
    Bref, il faudrait explorer de nouvelles manières d’évaluer les cout véritables, et mener des politiques en conséquence.
    Encore une fois merci d’innover dans ces domaines!

  • […] ? Je vous propose donc un parcours des efforts existants pour mesurer la valeur du non marchand. La valeur du non marchand Ce que l’extrême droite ne nous prendra pas La colorimétrie des demi-habiles ne connaissant […]

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