Jean-Pierre Vernant et Mário de Sá-Carneiro

Le Monde d’hier, pour rendre hommage à Jean-Pierre Vernant, rapporte une expression merveilleuse de sa philosophie :

Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui. Demeurer enclos dans son identité, c’est se perdre et cesser d’être. On se connaît, on se construit par le contact, l’échange, le commerce avec l’autre. Entre les rives du même et de l’autre, l’homme est un pont.

Aussitôt, elle m’en évoque une autre, du poète portugais Mário de Sá-Carneiro :

Eu não sou eu nem sou o outro,
Sou qualquer coisa de intermédio:
Pilar da ponte de tédio
Que vai de mim para o outro.

Trad. approximative :

Je ne suis pas moi ni un autre
Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre

Etrange écho entre la philosophie d’espoir et de curiosité indomptable et celle de désespérance mélancolique. Pourtant je ne peux m’empêcher de penser que Vernant connaissait ce poème et qu’il l’a aidé à trouver ses mots si justes.

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