Corps architecturés

Je poursuis ici mes épisodiques chroniques de spectacles de danse contemporaine. Elles seraient peut-être plus à leur aise dans mon atelier de bricolage littéraire mais celui-ci n’est pas bilingue. Et puis il n’est pas bon de trop compartimenter. Les Rencontres Choréographiques de la Seine-Saint-Denis sont de retour et avec elles, le plaisir des découvertes pour l’amateur intermittent.


Tamara Bacci, Marthe Krummenacher et Perrine Valli sont trois danseuses chorégraphes. Les deux premières ont demandé à la troisième d’orchestrer une chorégraphie. Leur demande semble avoir été de mettre en scène le corps de l’interprète à la limite. La limite de ce qu’il peut faire et qui n’est jamais assez dans l’apprentissage, mais surtout la limite de notre conception de ce qu’est un corps. C’est extrêmement réussi mais certains points méritent d’être questionnés. Extrêmement réussi lorsque Tamara Bacci au début nous fait voir le corps au-delà de son enveloppe, le corps d’os et de muscles, capable de passer de la féminité à l’indétermination, la cage thoracique ou la colonne vertébrale comme nous ne les avons jamais vus. Quand Marthe Krummenacher joue avec l’inaboutissement volontaire de la grâce qui crée l’attente sans fin du renouvellement de son esquisse. Ou bien dans des extraordinaires duos avec l’autre interprète en Spiderman.

RA de MA ré, duo de Marthe Krummenacher avec Raphaële Teicher en 2010.

Les tableaux sont chacun d’une grande force. Le fil conducteur est apporté par la lecture (par la chorégraphe placée sur scène) de textes racontant l’apprentissage de la danse, ses souffrances, incertitudes et bonheurs. Cette mise en perspective, dont on ne doute pas de la véracité au-delà des détails fictionnels, me fait penser au discours questionnant l’écriture ou exprimant ses doutes dans l’écriture littéraire numérique. Mais il paraît ici surajouté du fait de s’exprimer dans un autre média, dans un narratif auquel la danse échappe. On peut se demander si les petites incises parlées (« recommence », « tu es trop petite ») ne suffiraient pas. Il aurait alors fallu un autre fil conducteur. De même le titre « Laissez-moi danser » est étonnant. C’est qu’on ne songerait pas à les en empêcher. On en redemanderait plutôt.

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