A l’aube de temps incertains (16 janvier 2009)

Je ne sais pas comment je vais ramener tous les livres, ceux écrits et donnés par des amis et ceux que j’ai achetés. Encore une fournée, cette fois à la Harvard Bookstore. Je n’aime pas trop l’endroit : il y a des piles de best-sellers comme dans les franchises. Mais ils ont un excellent rayon sciences. J’y trouve entre autres un livre de 2002 sur la conception d’objets prenant en compte tout leur cycle de vie et surtout un recueil des meilleurs articles de Cory Doctorow (y manque Scroogled). L’édition à posteriori de textes déjà diffusés va se développer de plus en plus.

Exposé et séance de brainstorming au Berkman. Nous envisageons d’organiser un débat en ligne entre producteurs et utilisateurs de connaissances dans les universités européennes et les présidents et autres représentants institutionnels de ces universtés. Ce projet est lié au réseau européen COMMUNIA. L’idée est de pousser les universités à faire entendre plus qu’aujourd’hui leur voix dans les cercles d’élaboration des politiques qui influent sur l’accès aux connaissances. Je présente les approches du débat public et les outils (cartographie de débats, annotation de textes) développés par Sopinspace (la société que je dirige). Nous discutons points de départ, types de résultats attendus, qui mobiliser, exemples d’opérations similaires.

Annotation et commentaires de textes de nouveau, mais cette fois dans un tout autre contexte. Je suis invité au repas de Shabbat chez un ami israélien en séjour sabbatique à Harvard. Je redoute l’inévitable discussion sur l’intervention à Gaza. Je baisse la tête lors de certaines réflexions d’un cousin de la famille qui me paraissent justifier l’injustifiable. J’interroge le fils de mon ami, étudiant en théologie, sur la tradition talmudique d’annotation. Comparaisons avec ce que j’ai appris d’un professeur de littérature palestinien sur les méthodes d’annotation des ouvrages de rhétorique arabe. Puis à la fin du repas, vient le commentaire du texte par le chef de famille. Le texte dépend du calendrier. Ce soir, c’est Exode, I, 15-19 :

15 Le roi d’Égypte dit aux sages-femmes des Hébreux dont l’une s’appelait Shifra et l’autre Poua:
16  » Quand vous accouchez les femmes des Hébreux, regardez le sexe de l’enfant. Si c’est un garçon, faites-le mourir. Si c’est une fille, qu’elle vive.  »
17 Mais les sages-femmes craignirent Dieu; elles ne firent pas comme leur avait dit le roi d’Égypte et laissèrent vivre les garçons.
18 Le roi d’Égypte, alors, les appela et leur dit:  » Pourquoi avez-vous fait cela et laissé vivre les garçons ?  »
19 Les sages-femmes dirent au Pharaon:  » Les femmes des Hébreux ne sont pas comme les Égyptiennes; elles sont pleines de vie; avant que la sage-femme n’arrive auprès d’elles, elles ont accouché. « 

Voici plus ou moins ce qui dit le commentaire de mon ami : Il y a deux choses qui me paraissent intéressantes. La première, c’est que le pharaon, bien qu’il dispose d’un pouvoir autoritaire et absolu et sur les gens, cherche cependant à obtenir leur accord pour commettre ces meurtres. La deuxième chose qui me parait intéressante, c’est que dans ces situations, il y a des individus qui trouvent le courage de refuser. Et ce sont souvent des femmes.

Ce ne sont que des mots, mais ils laissent entrouverte la porte de l’espoir.

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