A l’aube de temps incertains (10 janvier 2009)

Il y a près de 6 ans, j’ai passé à Washington les huit jours précédant le début de l’intervention américaine en Irak. Je tenais alors un « journal d’avant les guerres préventives ». C’était des temps dominés par le sentiment d’inéluctabilité, la certitude de ce qui allait suivre et des conséquences, même si l’on pouvait se tromper sur quelques enchaînements. Nous ne sommes pas sortis de ce monde, et ses tragédies ne laissent pas en paix ceux qui les subissent. Mais nous sommes à l’aube de temps incertains. C’est l’une de ces incertitudes qui me ramène à Washington : la présidence Obama modifiera-t-elle l’approche américaine des politiques de droits intellectuels ? Va-t-on retrouver ces moments où les Etats-Unis choisissent de construire leur puissance en offrant au monde une vision constructive ? Va-t-on voir le partage de l’information, de la culture et de l’innovation être affirmé comme composant inséparable de la démocratie. Mais ce n’est pas de cela dont je vous parlerai dans les jours qui viennent, ou seulement pour situer le décor.

J’ai tenu un journal plusieurs fois lors de voyages aux Etats-Unis, depuis mon premier voyage en 1978 dans le pays où mes parents s’étaient connus et mariés plus de trente ans avant. Curieusement, j’avais alors le sentiment d’y retourner. Aujourd’hui, ce nouveau journal signale un changement des sujets traités dans ce blog. Avec le temps, il s’est de plus en plus resserré sur l’analyse des enjeux informationnels. J’ai aujourd’hui la chance de pouvoir m’exprimer sur ces enjeux dans d’autres espaces. Je voudrais entamer ici un travail plus exploratoire, expliciter ces idées à peine formulées qui constituent le fond d’une pensée, leur faire courir le risque de l’exposition.

Ma pensée politique a été un long apprentissage de l’incertitude, une lente et pénible lutte contre la peur de renoncer aux certitudes. Mais là où pour beaucoup l’abandon des certitudes conduit à une molle adhésion au cours des choses, il a renforcé pour moi la possibilité de prendre des partis, d’identifier des leviers. Mes amis se moquent de moi quand je leur dis que le coeur d’un message politique, c’est de proposer des leviers. Pas 120 propositions. Quelques leviers. C’est pas marketing le levier. En plus on ne sait pas bien ce que ça va soulever et où ça va retomber. En 2007, quand j’avais tenté de formuler quelques leviers pour rendre le politique à nouveau crédible à l’occasion de la campagne présidentielle, j’avais commencé par la légitimité de la politique comme expérimentation. Ca peut faire peur, côté 100 fleurs qui s’épanouissent. Alors ce n’est pas n’importe quelle expérimentation. Elle doit être bordée par le débat, des principes fondamentaux constitutionnels, un processus qui évalue ses effets dès que c’est possible. Mais je crois que ça vaut tout de même beaucoup mieux que cette expérimentation géante et incontrôlée qui consiste à laisser des règles dogmatiques nous guider dans le noir en prétendant qu’elles nous fournissent le seul chemin.

Retour à la réalité présente. Après que les vertus de l’overbooking m’aient offert un reclassement en classe business, atterrissage aux contrôles d’immigration. J’ai un visa valable 10 ans, héritage d’une fois où je m’étais fait refouler à l’embarquement. Mais il ne me dispense ni de la nième saisie de mes données biométriques, ni d’un interrogatoire assez déplaisant. « Quel type de business ? Quelles conférences ? Quel genre de logiciels faites-vous ? Quand êtes vous venu aux Etats-Unis la dernière fois ? » Je me trompe : j’oublie ma visite en 2006 pour les 10 ans de First Monday à Chicago, je réponds : « en 2004 ». L’ordinateur et le tampon me dénoncent comme menteur. Mais on me laisse quand même entrer sans le « contrôle secondaire ». C’est pareil ou pire chez nous, mais pour les autres.

Du chauffeur de taxi à la réception de l’hôtel, on ne parle que de l’inauguration d’Obama. Difficile de croire que je ne reste pas quelques jours de plus pour le bain de foule. Je me force à manger et rester éveillé pour me caler immédiatement sur mon nouvel horaire. Sizule Muzungu d’IQ Sensato est au restaurant et Emilie Barrau du Bureau Européen des Unions de Consommateurs dans l’ascenseur. Nous échangeons quelques mots malgré la fatigue. Mon portable ne marche (pas tri-bandes comme je le croyais). Le wifi ne marche pas spontanément sous GNU/Linux (mauvaise configuration de leur serveur DHCP). 15 minutes de perdues à trouver comment contourner le pb. Email pour dire que je suis bien arrivé. Dodo.

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