La souveraineté citoyenne européenne et l’ouverture des possibles

Dimanche prochain, une élection importante pour le futur de l’Europe aura lieu. Non, ce n’est pas le second tour de nos législatives, c’est l’élection parlementaire grecque. Ce billet a pour but de souligner le véritable scandale que représente le chantage sur les électeurs grecs pour qu’ils ne portent pas en tête du scrutin1 le parti de gauche radicale Syriza qui a annoncé qu’il bloquerait et exigerait la renégociation du plan de « sauvetage » aujourd’hui suspendu à ce vote. L’enjeu est clairement important. Or qu’observons-nous : les membres de la classe politique européenne, qui portent une responsabilité écrasante dans la démission à l’égard du pouvoir de la finance, et leurs relais médiatiques font pression sur les électeurs grecs2 pour qu’ils s’abstiennent de voter pour le seul parti qui propose une alternative non nationaliste au naufrage du politique. La présidence et le gouvernement français ont laissé le Conseil européen développer ce chantage, obnubilés qu’ils sont par la quête de la majorité absolue au parlement français, et soucieux de montrer à Angela Merkel que le socialisme français est un bon élève du fondamentalisme marchand sous prétexte de la convaincre de l’adoucir. Les socialistes à qui j’en parle me répondent : « mais attends le 18 juin ». Manque de pot l’élection grecque est le 17.

Un des éléments les plus révoltants de ce chantage est qu’il prétend s’opposer à une résurgence du nationalisme alors qu’il est en train de créer les conditions de son triomphe en détruisant la fabrique du social dans tous les pays fragiles. La liste de ces pays ne s’arrêtera pas à l’Irlande, la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Italie, comme l’affirment ceux qui nous disaient hier que la Grèce était un cas isolé. Syriza est issu d’un des partis communistes grecs. Il inclut des composantes de militants radicaux anti-capitalistes. Mais il a aussi constitué le refuge du vote de tous ceux qui en Grèce ne veulent ni le repli nationaliste, ni la destruction absolue du social. Syriza n’est sûrement pas une alternative politique parfaite au désastre des politiques européennes actuelles vis à vis de la Grèce.3 C’est une alternative qui n’est pas sans danger si les citoyens européens ne sont pas capables de forcer une approche solidaire à l’égard d’un nouveau gouvernement qui résulterait de leur succès. Mais c’est l’alternative qui existe face à la certitude de la catastrophe. Alors il faut le dire franchement : la liberté des électeurs grecs de choisir la réouverture des possibles dimanche prochain est un enjeu démocratique majeur pour tous les citoyens européens, pas pour la seule Grèce.

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  1. la Grèce, a un système électoral proportionnel où le parti en tête du scrutin bénéficie d’un important bonus de voix et donc de sièges. []
  2. En les menaçant d’expulsion de l’euro et de suppression des plans d’aide. []
  3. Voir l’article sur l’interview de Stathis Kouvélakis par Philippe Marlière sur son blog de Mediapart. Pour le programme du parti Syriza, on pourra également se référer au dossier de la Fondation Robert Schuman. []

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