Pourquoi les pompiers de Fahrenheit 451 toléraient-ils les Hommes-livres ?

Le film de Truffaut, récemment revu, a effacé dans ma mémoire ce qu’y avait inscrit la lecture répétée de Fahrenheit 451. Ray Bradbury, qui vient de mourir était un personnage complexe. Il défendait avec force le copyright, et plus que probablement considérait que le copyright et le droit d’auteur étaient un fondement essentiel de la liberté de penser et du respect de l’intégrité d’une pensée. Fahrenheit 451, et sans doute encore plus son adaptation filmique ont beaucoup à nous apprendre sur les rapports entre libertés, culture, médias et droit d’auteur. Bradbury considérait que son livre n’était pas une dénonciation de la censure mais de la télévision et de l’assignation à la consommation. En ce sens c’est un Stiegler de son temps, et le message du film de Truffaut éclate de modernité.

Mais pourquoi donc les pompiers incendiaires de Fahrenheit brûlent-ils les livres et arrêtent-ils ceux qui les possèdent, alors qu’ils tolèrent les hommes livres qui les mémorisent ? C’est qu’ils avaient compris (agis par les mots de Bradbury et la caméra de Truffaut) que le livre, c’est ce qui circule d’une personne à l’autre, c’est ce qu’on partage, c’est ce que Guy Montag (le protagoniste) peut ramener chez lui et lire la nuit. Alors qu’un livre enfermé dans une personne, que l’on ne peut écouter en son absence, cela ne les menace pas.

Je ne comprendrai jamais qu’une personne puisse lire Fahrenheit 451 ou regarder son adaptation filmique et ne pas défendre la reconnaissance du partage non-marchand des œuvres comme un droit culturel fondamental. J’espère que tous les officiels et politiques qui vont rendre hommage à Ray Bradbury ne se donneront pas bonne conscience à peu de frais en posant aux adversaires des autodafés dictatoriaux, mais en acceptant qu’on enferme les livres dans un appareil, dans un droit d’usage concédé (sous conditions) à une personne.

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