Rencontre de Rukmini Chatterjee

Tout commence par la voix, qu’il s’agisse de la musique ou de la danse. C’est particulièrement vrai dans la musique carnatique (la musique traditionnelle du Sud de l’Inde) et dans l’une des danses qu’elle accompagne, le Bharatanathyam, où même le rythme est d’abord donné par des pulsations vocales, des sons comme frappés. C’est parfois la danseuse qui émet elle-même ces takatakatak, parfois, comme hier soir, un des percussionistes. Les percussions reposent sur des sons particulièrement secs, notamment ceux du Mridangam, un tambour à deux faces (une aigue et une grave). Les battements de pied (dans le cas d’une autre danse, cette fois masculine, le Kathak, originaire du Nord de l’Inde) et les clochettes des bandes de chevilles et des bracelets leur font concurrence. La voix, hier soir, c’était celle de Kaushik Bhattacharya, et elle vous emporte. A peine une note tenue et modulée et l’on est une feuille portée par le vent. Quand le rythme s’installe, on devient infirme de ne savoir danser. Le Bharatanathyam est une danse adressée à des divinités ou des rois qui se parent de leurs attributs, mais depuis longtemps, les êtres humains ordinaires se sont invités à la fête. Souraja Tagore en est une grande maîtresse, mêlant une expression narrative souvent pleine d’humour à la perfection des mouvements des mains ou du corps et à de véritables transes aux rythmes complexes. Anuj Mishra (danseur de Kathak) ne lui cède en rien, particulièrement gracieux dans les tours et espiègle dans les mouvements sur place.

Rukmini Chatterjee, elle même danseuse assez envoutante, ne veut pas se contenter de nous inviter à cette rencontre là, interne à l’Inde. Elle veut confronter ses danseurs et musiciens au classicisme occidental. Malgré la qualité des danseurs qui le représentent (Laure Daugé et Artur Zakirov), disons que l’Occident est à la peine. Le projet de rapprocher les deux expressions, d’abord par juxtaposition, puis par imitation partielle fonctionne mais sans vraiment aboutir. Les cultures restent séparées, et pour le spectateur partial que je suis, le classicisme indien est habité d’une modernité plus vivante. Aurait-on la même impression si c’était un chorégraphe européen qui avait organisé la rencontre ? Quoiqu’il en soit, on ressort de Rencontre joyeux et séduit. Vous pouvez encore y aller demain mercredi 12 novembre à la Maison des métallos, s’il reste des places.

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