CulturaDigital à Rio jour 3

Enfin un moment pour assister aux très nombreuses présentations de projets. La culture numérique est si vivante au Brésil avec des centaines de lieux, de projets, d’activités, que le Festival est essentiellement conçu comme un espace d’échange d’expériences plutôt que d’exposition des résultats. Je n’ai pu suivre qu’un tout petit nombre des présentations qui se succédaient toutes les 15 minutes dans la cinémathèque du Musée d’art moderne. Un projet d’appropriation de la production filmique/vidéo avec des jeunes qui font en peu de temps toute la production d’un film avec des technologies simples. Bilan critique des participants (dont on sent le bonheur de l’expérience partagée), on n’a pas pu assez mobiliser des jeunes des milieux vraiment défavorisés, parce qu’il aurait fallu aller faire tout le travail chez eux dans leur environnement. Un projet qui tente de sauvegarder le patrimoine historique technique de l’histoire du cinéma brésilien (appareils, techniques, documents liés) à partir d’une collection accumulée par un homme assez extraordinaire qui a fait 50 ans de carrière en parcourant tous les métiers techniques jusqu’à la réalisation de films. Ils font une sorte de musée virtuel comme but mais aussi comme outil pour obtenir les moyens de créer un musée réel (à Bahia, je crois). Puis un projet très innovant de création d’une plateforme de spectacle « intégral » multimédias mêlant musique et arts visuels, dans un lieu à Rio, mais qui débouche aussi sur des tournées.

Giberto Gil, Claudio Prado et en vidéoconférence Paulo Coelho

Le grand moment de la journée, c’est le dialogue entre Gilberto Gil et Paulo Coelho (en vidéoconférence). C’est à peine croyable de voir deux créateurs reconnus, tous deux politiciens amateurs dans le sens le plus noble, échanger sur le futur de la culture avec une vision enthousiaste et confiante du partage des œuvres dans l’espace numérique. L’essentiel de la conversation porte sur le projet « Pirate my books » de Paulo Coelho. J’en retrace quelques extraits en traduisant mes tweets frénétiques :

  • La devise du projet de Coelho : « Piratez mes livres, une idée cohérente n’a pas besoin de protection ».
  • Coelho : seul mon éditeur américain s’est plaint, tous les autres n’ont pas osé ou se sont rendu compte que c’était favorable aux ventes.
  • Coelho : C’est incompréhensible et inacceptable que l’industrie refuse de s’adapter et agisse militairement.
  • Gilberto Gil : les ventes d’albums n’ont jamais été la principale source de revenus pour les musiciens sauf pour un tout petit nombre d’exceptions.
  • Coelho : SOPA veut criminaliser le partage. Gil : Pourquoi les gouvernements soutiennent-ils de telles lois? Coelho: les lobbies jouent un rôle mais c’est encore plus la volonté de contrôler le Net. Gil : [cette alliance des lobbies et du contrôle], c’est le plus dangereux
  • Coelho : Mettez la pression sur les parlements, dites-leur que ça me marchera pas mais que ça donnera aux gouvernements un pouvoir absurde sur le Net.

J’en suis resté un instant heureux et abasourdi. L’enthousiasme de Coelho va jusqu’à négliger en partie les dangers de monopole et de fermeture propriétaire liés aux positions dominantes (pour le livre d’Amazon sur le Kindle), mais je suis sûr qu’une simple conversation le ferait bouger là-dessus. Après, la plupart des brésiliens sont partis regarder les matches qui allaient décider du titre dans le championnat de foot brésilien. J’interviens ensuite sur la reconnaissance du partage et les modèles de financement pour une culture partagée, devant un public clairsemé mais merveilleux. Un peu survolté par le besoin d’être à la hauteur de ce qui avait précédé. On verra quand la vidéo sera là. Carlos Alfonso Pereira de Souza de la fondation Gettulio Vargas, passionné de foot (désolé Carlos) et l’un des acteurs remarquables de la si riche société civile brésilienne avait accepté d’être discutant de la conférence. Des questions profondes et amicales, et après, nous partons à quelques-uns oublier les vertus végétariennes dans une churrasceria de Copacabana, puis nous marchons le long de la plage sur les trottoirs et leurs mosaïques.

Trottoirs de Copacabana (mosaïques du paysagiste Burle Marx)

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