CulturaDigital à Rio jour 1

Hier début du festival sous un léger crachin tropical. L’installation des présentations se termine dans le magnifique MAM (musée d’art moderne) de l’architecte Afonso Eduardo Reidy (1953). Ambiance d’efficacité. Les équipes d’organisation (moins de 25 ans en moyenne) s’agitent pour rattraper un retard peu visible dû à un coup de vent la veille.

Musée d'art Moderne de Rio

Ce qui frappe immédiatement, au-delà de l’appréhension enthousiaste des possibles commune aux sociétés démocratiques émergentes (aussi inégalitaires restent-elles), c’est qu’ici, les cultures numériques ne sont pas une niche, elles sont au cœur des politiques culturelles et sociales. J’achète des T-shirts de soutien à l’Hackerbus crowd-fundé1 qui parcourt le pays pour populariser et pratiquer la coopération culturelle et artistique ouverte.

autobus culturadigital

Après le plaisir des rencontres avec des amis brésiliens et ceux avec qui je n’avais échangé que par email, le vrai début du festival c’est la conférence d’ouverture au Ciné Odéon Petrobras. Petrobras, c’est la compagnie nationale des pétroles du Brésil, empire économique qui est aussi une source de financement essentielle pour la culture numérique, particulièrement maintenant que le financement fédéral s’est réduit pour certaines actions. Je ne suis pas forcément à l’aise avec ce sponsor, mais c’est à Eliane Costa qui suit la culture numérique pour Petrobras que je dois ma présence au festival. Je me rendrai rapidement compte qu’ici ce n’est pas Petrobras qui fait problème, mais plutôt le positionnement politique de la nouvelle ministre de la culture, Ana Hollanda, chanteuse et compositrice à l’origine, puis administratrice d’une fondation culturelle et très liée au puissant lobby des sociétés de gestion collective.

Table-ronde introductive des conférences du Festival culturadigital.br

En effet, dès la table-ronde d’ouverture, le fossé qui s’est créé entre le monde la culture numérique galvanisé par l’engagement de Gilberto Gil (deuxième à partir de la droite sur la photo ci-dessus), ministre de la culture de 2003 à 2008 et le nouveau ministère va s’exprimer. La nouvelle ministre ayant délégué un acteur connu (à gauche sur la photo) qui occupe de hautes fonctions dans le ministère pour la représenter, celui-ci entreprend la lecture d’un long message de la ministre, souffrance sans doute pour un acteur qui a dû servir de meilleurs textes. Après quelques murmures, c’est la mention de la réforme du copyright qui déclenche des huées dans une partie non-négligeable du public. En effet, le nouveau ministère a révisé à la baisse le projet de réforme dont la publication en 2010 avait été reçue avec enthousiasme, notamment du fait de ses dispositions très ambitieuses de réforme de la gouvernance des sociétés de gestion ou pour protéger les usages contre les DRM. Plus généralement, le ministère a tourné le dos à partie des politiques de soutien au partage et à la création collaborative culturelle, même si la culture numérique française pourrait encore envier l’engagement de ses responsables.

Yochai Benkler + Gilberto Gil

Place enfin à la conférence d’introduction de Yochai Benkler, brillant plaidoyer sur la base de son livre The Penguin and the Leviathan pour une révision radicale de nos présupposés en ce qui concerne les rôles respectifs de l’intérêt égoïste et de la coopération avec réciprocité. Mais le vrai cadeau, c’est la conversation qui suit entre Gilberto Gil et Yochai Benkler. Gil est un maître d’autant plus admirable que ces questions sont généreuses, il trouve des angles imprévus pour susciter le meilleur chez son interlocuteur. Sa générosité me laisse pantois et les moulinets de ses bras quand il cherche l’expression la plus juste en anglais sont comme une danse qui nous fait entendre une chanson muette.

La fête après la conférence d'ouverture de culturaldigital.fr

Après c’est la fête pour les plus de 1000 personnes présentes. Viva la cultura digital.

  1. Financé par appel aux dons sur internet et ailleurs. []

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