Innumérisme, erreur et cuisine

L’innumérisme est un concept forgé par Normand Baillargeon dans son remarquable Petit cours d’autodéfense intellectuelle. Il désigne l’équivalent mathématique ou calculatoire de l’illettrisme. L’innumérisme est très dangereux, il est le terreau sur lequel prospère l’invocation démagogique des chiffres. Par contre, l’erreur mathématique est souvent porteuse de sagesse, comme nous l’a fait comprendre Stella Baruk. A ce titre, ce n’est souvent même pas une erreur mais une vérité que nous n’avons pas encore su percevoir. Petit exemple ce matin : au café du coin, la radio commente le vote des socialistes sur les motions de leur congrès. Le journalisme résume le chaos ambiant : « 4 motions [ayant obtenu chacune autour d’un quart des votes] cela fait 16 combinaisons possibles ». L’auditeur (à juste titre) pense « nombre de majorités potentielles ». De ce point de vue, il y a 15 combinaisons possibles si l’on permet aux 4 motions de se combiner de façon solitaire (4 solitaires), en couple (6 couples), en trio (4 trios) ou en orgie d’unanimité (une seule orgie). Mais parmi ces 15, seules 6 ou 7 combinaisons (suivant que l’addition des votes Delanoë et Aubry dépasse ou non les 50%) constituent une majorité sans rallier l’une des deux « petites » motions. 8 ou 9 combinaisons peuvent conduire à une majorité si elles rallient une ou les deux « petites » motions. Comment donc le journaliste en est-il arrivé à 16 ? Sans doute a-t-il calculé 24, c’est à dire qu’il a considéré que les combinaisons étaient définies par tous les choix possibles de présence et d’absence d’une motion dans la majorité potentielle. Il a donc pris en compte la combinaison qui ne réunit aucune des 4 motions. Peut-être est-ce celle qui est porteuse de renouveau politique ? La suite au prochain numéro.

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