Trois sortes de partage

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Le mot partage est imparfait et irremplaçable. Imparfait parce qu’il renvoie dans toutes les langues que je connais, au découpage en parts, alors qu’à l’ère de l’information, il s’agit d’autre chose. Irremplaçable, parce que dans sa longue histoire, il a accumulé des significations dont nous ne voulons pas nous détacher. Considérons donc trois sortes de partage :

  • Le partage de ressources rares suit le modèle classique de la division d’un gateau en parts. Il s’applique aux ressources rares et non extensibles, à l’échelle d’une table ou à celle de la planète. L’évolution récente des moules à gâteau nous a donné des moules prévoyant le découpage en parts inégales, pour s’adapter aux appétits et régimes. Pour la planète, c’est hélas la goinfrerie de ressources des pays et populations riches qui nous donne l’équivalent du moule à parts inégales, et le régime ne semble progresser que très lentement.
  • Le partage des richesses (revenus, patrimoine) ressemble à première vue à celui des gateaux, mais la philosophie politique nous a appris qu’il doit prendre en compte le fait que la richesse est – dans une certaine mesure – un gateau extensible ou au moins de taille variable, et que la façon de la partager doit prendre en compte l’impact du partage sur la taille de ce gateau. Ceci dit, ces derniers temps, cet argument semble avoir servi surtout à ne rien faire de sérieux pour rendre le partage des richesses moins inégalitaire.
  • Le partage de l’information n’est pas une division mais une multiplication : la copie multiplie l’information et met ce qu’elle représente dans les mains de chacun. C’est un partage à pratiquer sans modération, mais avec néanmoins discernement1

Ces trois sortes de partages correspondent à trois sortes de biens fondamentaux : les communs physiques de l’environnement, les biens publics sociaux et les communs informationnels de la culture, des connaissances, de l’expression publique et des outils logiciels.

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  1. La nature de ce discernement fait l’objet de nombreux débats, mais voici ce que j’ai suggéré de reconnaître comme légitime ou comme bonne pratique : sans but de profit ou avec autorisation, uniquement pour ce qui a déjà été divulgué en information, en reconnaissant ceux qui l’ont produit, et sans polluer l’espace informationnel avec des multiplications de bruit. []

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