Habitants du labyrinthe

Sur la chorégraphie de Michèle Noiret « Familiers du labyrinthe »

Les familiers du labyrinthe est une chorégraphie conçue comme le parcours d’une multitude de labyrinthes imaginaires, de dédales et d’enchevêtrements, d’espaces soudain rectilignes ou sinueux ; les danseurs évoluent en la mystérieuse métaphore d’un groupe social dont on ne sait trop l’appartenance, où l’on pressent certaines hiérarchies, des règles, une organisation logique, sans cependant pouvoir être certain d’en comprendre le sens. Les fulgurances, mais aussi les mouvements lents – parfois même imperceptibles -, de la scénographie, de la lumière, des sons et des images vidéo projetées, suggèrent le passage du temps, invitent le spectateur au voyage, à la traversée et à l’invention de ses
propres chemins.

Companie Michèle Noiret

C’est encore une chorégraphe belge qui ramène ce blogue vers des émotions esthétiques dont le tenaient éloigné l’urgence politique ou technique. Peut-être pas si éloigné après tout. Quel est donc ce monde où nous devons ainsi nous déplacer, et quels sont ces chemins qu’il nous faut inventer pour cesser d’y être simplement ballotés ? A cela les émotions ne répondent pas directement, mais parfois elles jettent une soudaine lumière : l’image filmée cesse un instant d’être le pauvre reflet du réel, devient un fond sur lequel s’inscrit le présent de la danse, la tension d’un corps, un regard écarquillé. Et alors on saisit ce que pourrait être la reconquête d’un présent. C’est à l’Opéra Garnier jusqu’au 24 février, précédant une lourde chorégraphie de Susanne Linke et une réalisation un peu anecdotique des 7 pèchés capitaux de Bertold Brecht et Kurt Weil qui nous rappelle cependant que nous nous rapprochons tout doucement de la précarité sociale des années 1930, au point de trouver à sa représentation, même à l’Opéra, un air de déjà vu.

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