Pleureuses, mercenaires et alternatives

Les grands opérateurs de télécommunication, les détenteurs de stocks de droits et certains producteurs de contenus disent se désoler de ce que de grands sites centralisés concentrent une partie significative des usages d’internet, déséquilibrant le trafic sans pour autant contribuer au financement des infrastructures et à la rémunération des artistes (entendre aussi les produteurs et éditeurs). Des ministres mercenaires1 reprennent ces antiennes et se préparent tout prêts à détruire plus avant les bonnes propriétés d’internet (neutralité, équité et architecture pair à pair où l’intelligence et l’innovation se situent à la périphérie). En vrac pleureuses et mercenaires listent Facebook, Google (entendre ici YouTube), Spotify ou Megaupload.

Cela appelle trois remarques:

  • Toutes ces pleureuses ont puissamment contribué à installer la situation dont ils se plaignent. En menant, avec la complicité des Etats, une guerre sans merci au partage distribué des œuvres numériques, notamment sous sa forme pair à pair, ils sont les principaux responsables d’une concentration accrue de l’accès sur les sites centralisés, et du développement de formes appauvries d’accès à la culture comme le streaming, cette télévisionnisation de l’internet2.
  • Pour ce qui concernent les producteurs de contenu, ils ont tort de s’étonner que « 100000 écoutes ne rapportent que 150 € ». Si l’on compare à la rémunération de la diffusion à la radio, nous sommes dans l’ordre du tout à fait normal pour une réception passive avec écoute unique par une audience de cette taille. Quand on vend ce qui ne vaut que peu, on récolte en proportion.
  • Nous qui voyons internet comme le lieu de devéloppement d’une société culturelle de beaucoup vers tous, nous nous désolons aussi de la place des sites centralisés dans la diffusion. La différence, c’est que nous travaillons à des alternatives (voir aussi ceci). Oui, les réseaux sociaux centralisés peuvent être largement remplacés par des systèmes distribués. Oui, chacun d’entre nous peut héberger et distribuer les contenus qu’il veut partager lui-même. Merci de nous y aider, ou tout au moins de cesser de tenter de nous en empêcher.

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  1. Dont on notera au passage que le principal concerné diffuse son discours sur Facebook. []
  2. Pour ce qui concernent les opérateurs, tous ne sont pas coupables de l’avoir conduite ou réclamé. En France, ce sont Orange et SFR qui sont dans ce cas. []

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