Retraite, impôts et activités créatives : la lisibilité est la condition de la justice

Les lecteurs de ce blog le savent, je suis un fan de Thomas Piketty. Nous lui sommes redevables d’avoir mis au jour et quantifié les nouvelles formes d’inégalités et l’apparition d’une classe d’hyper-riches, en matière de revenus et plus encore en matière de patrimoine. Nous lui devons des propositions d’importance majeure de réforme des retraites et aujourd’hui de la fiscalité. Lisez tous Pour une révolution fiscale et faites vos simulations sur le site mis en place par Thomas Piketty et ses anciens élèves devenus collaborateurs. Mais il y a plus important encore.

Le fil conducteur qui réunit les propositions de Thomas Piketty sur les retraites et celles sur l’impôt, outre le souci de la justice sociale, c’est une conviction qu’il faut que les mécanismes socio-économiques soient lisibles et modélisables par tous si l’on veut qu’ils puissent devenir justes. Piketty est en ce sens un ingénieur de la démocratie et pas seulement de la justice sociale. Lorsque j’ai interpellé des amis socialistes ou écologistes sur le fait qu’ils ne reprennent pas ses propositions sur les retraites, leur réponse était : « mais ce n’est qu’un changement de mode de calcul et de présentation, ça ne résoud pas les problèmes ». Sidérante incompréhension, qui malheureusement risque de se reproduire pour l’impôt sur le revenu. Le fossé qui sépare les taux théoriques de l’impôt sur le revenu (eux-même insuffisamment progressifs) et la réalité (les taux effectifs) rend impossible tout débat démocratique sur l’impôt. Piketty et ses collaborateurs ont prouvé que les taux d’imposition (tous impôts) des 1% les plus riches sont en fait inférieurs à la moyenne de ceux des 50% les plus modestes. Ils ont aussi montré que l’on parvient à prendre des parts très importantes des revenus des plus modestes par des impôts indirects ou les contributions sociales, quitte à en leur reverser une partie par le RSA et la prime pour l’emploi de façon à les faire passer pour des assistés qui seraient redevables de justifier ces aides. A l’inverse, on peut invoquer le risque de départ à l’étranger des très riches … alors qu’ils y seraient plus imposés qu’en France dans la plupart des cas. La vraie révolution à laquelle appelle Piketty, c’est celle de la lisibilité, de la possibilité d’un débat démocratique à laquelle tous participent. Et tous ceux qui s’y opposent, par exemple les syndicats qui rejettent l’idée du compte notionnel tous régimes confondus pour les retraites, minent la démocratie.

Je tente de construire des approches similaires dans le champ des financements et revenus culturels. Mettre à jour la réalité des revenus et montrer en quoi elle n’a rien à voir avec les prétentions de justice du droit d’auteur. Concevoir des nouveaux financements dont les paramètres soient débattables et simulables par tous. Permettre de grands choix sociaux en la matière, au-delà de débats théologiques cachant les intérêts derrière un voile de confusion.

Choisissez ce que vous voulez soutenir en priorité (oui vous pouvez soutenir plusieurs trucs), mais ces coups-ci, amis, ne dites pas qu’il n’y avait rien qui valait la peine de se bouger.

Un seul commentaire

  • Sans rien enlever aux mérites de Thomas Piketty et de son équipe (les premiers à chiffrer l’enrichissement énorme des plus riches en France), ce rejet par les socialistes et écologistes n’a pas attendu Piketty.

    Les mêmes propositions sont faites avec la même motivation (démocratique) et rejetées pour les mêmes raisons (irresponsabilité de l’Etat et / ou non-valorisation de la liberté individuelle, de la responsabilité, de la démocratie) depuis près d’une décennie. Par la droite comme par la gauche – si ça peut vous rassurer.

    Ce sont en effet celles, constantes, de l’UDF puis du MoDem, depuis 2001, et précisées de façon très structurée depuis le précédent débat sur les retraites en 2003.

    Et ça reste d’actualité … Voir le « jeudi » dans http://auxmarchesdupalaisbourbon.blogs.liberation.fr/2008/2010/09/retraites-chronique-du-d%C3%A9bat-parlementaire.html

    Ce qui permet de sauver du naufrage au moins un député écologiste 😉

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