Un hold-up sur les ressources rares du monde informationnel

Nous le savions depuis longtemps : dans l’abondance de l’univers informationnel se cachent des ressources rares. Certaines sont aussi vieilles que l’internet comme les serveurs racine (et de second niveau) des noms de domaine et l’accès résidentiel au réseau. Les solutions pour éliminer ces goulots (accès fondé sur l’usage du spectre hertzien libéré, gestion distribuée des noms de domaine) ne sont pas triviales et se sont heurtées à une résistance forte des gestionnaires de la rareté. D’autres ressources rares existent en raison des effets de réseaux et de contraintes techniques : c’est notamment le cas du monopole actuel sur les moteurs de recherche. D’autres encore existent seulement parce que nous avons été paresseux dans la recherche d’alternatives ou que ces alternatives furent l’objet de guerres conduites par des intérêts privés et les gouvernements. C’est le cas pour pour l’hébergement centralisé de contenus, pour lequel le partage pair-à-pair était (et est encore) une alternative puissante.

Maintenant une offensive a été déclenchée par des gouvernments et des sociétés privées pour capturer ces ressources rares et les utiliser contre les capacités que nous avons récemment acquises. Tout peut servir de prétexte : la pédopornographie, les violations du droit d’auteur, le secret diplomatique, les jeux en ligne ou les souffrances des PDG d’entreprises de télécommunication qui doivent déplacer trop de bits à la main à cause de ces goinfres d’internautes. Donc voici les saisies de noms de domaine, le filtrage privé préventif des applications par Apple et des contenus par Google, la censure partielle (exclusion de l’auto-complétion) des mots-clés de recherche par Google, le filtrage des sites ordonné administrativement. Ce hold-up ne réussira pas, du moins pas dans les pays qui n’iront pas jusqu’à des mesures totalitaires. Mais si nous ne l’arrêtons pas, il poussera les alternatives à devenir de plus en plus souterraines. Il portera, au bout du compte tort à la régulation1 dont le monde numérique a, comme toute construction sociale, besoin. Cette régulation ne peut être fondée que sur les conventions, le respect des règles dont une société se dote, l’action de la police en cas de risques directs pour la sécurité des personnes et des infrastructures et des procès équitables devant des tribunaux indépendants et impartiaux pour punir crimes et délits et compenser les dommages qu’ils ont causés.

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  1. J’utilise bien le mot dans son sens français et non pour signifier réglementation []

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