Un peu d’histoire

Pour justifier sa politique récente, Nicolas Sarkozy a déclaré dans sa conférence de presse de ce jour à Bruxelles, que plus des 2/3 des « démantèlements de camps illicites » concernaient des gens du voyage, donc français (sic) et non des roms ou d’autres tsiganes non-roumains1. Cela ne me parait pas jeter une lueur particulièrement favorable sur les actions de police récentes (et encore en cours), qui, fussent-elles « sous le contrôle du juge », ont eu lieu en réponse à une circulaire que nous connaissons aujourd’hui.

Lorsqu’il s’indigne des déclarations de Viviane Reding, il tente de faire croire que c’est aux déportations nazies qu’elle aurait fait référence lorsqu’elle a déclaré qu’elle ne pensait plus voir de telles mesures discriminatoires (la circulaire Hortefeux) après la seconde guerre mondiale. Il est possible qu’elle ait réellement pensé aux déportations nazies. Mais elle pourrait aussi bien avoir eu en tête les crimes roumains, mais aussi les actions françaises dans cette période. Dans plusieurs départements français, furent créés des camps d’internement des «individus sans domicile fixe, nomades et forains, ayant le type romani» (circulaire d’Albert Lebrun du 6 avril 1940, donc antérieure au régime de Vichy). Plus de 1000 personnes furent internées dans certains d’entre eux comme celui de Montreuil-Bellay, dans des conditions d’hébergement, d’hygiène et de nutrition déplorables. De nombreuses personnes y moururent, sans qu’on en dispose à ma connaissance d’un chiffre précis. Les derniers camps ne furent démantelés qu’en 1946.

On parlait de camps d’internement et d’habituer ces populations à la sédentarité, mais des circulaires aux préfets parlaient elles de camps de concentration. La CIMADE a produit un remarquable documentaire qui retrace en parallèle les persécutions dont furent victimes les roms, tsiganes, gitans et bohémiens en Roumanie et en France pendant la seconde guerre mondiale.

S’il ya une valeur aux parallèles historiques, elle ne réside pas dans l’amalgame entre les mesures actuelles et les crimes les plus graves. Elle est dans le rappel que ces derniers ont été rendus possibles par des actions préalables perçues par beaucoup comme bénines, inscrites dans les procédures de droit ou prétendant les respecter.

  1. Il y a des roms non roumains. []

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