Comment pouvons-nous rester si passifs devant l’effritement européen ?

C’était la journée mondiale de la procrastination proclamait le speaker à la radio il y a quelque temps. Je me suis dit qu’il y avait un truc que nous aurions du faire hier et qu’il ne fallait pas remettre à demain : défendre l’unité européenne et celle de la zone euro mise à mal par les attaques spéculatives sur la dette grecque . Mais j’hésitais encore à mettre mon grain de sel sur un tel sujet.

Le 23 mars dernier, Thomas Piketty publiait une remarquable analyse du scandale de la spéculation financière contre la dette grecque, replaçait la situation de la Grèce dans son contexte historique et social et recommandait des mesures à moyen terme, dont l’émission d’obligations européennes. Merci à lui. Espérons qu’il sera écouté alors que sur le dossier des retraites, on continue à débattre en ignorant ses propositions.

Mais revenons à l’Europe et l’euro, alors que le faux accord au Conseil européen a déjà montré sa totale inefficacité pour réduire le coût de l’endettement grec et que le surcoût de la dette s’étend au Portugal et à l’Espagne. Il faut à mon sens aller plus loin que les propositions de Thomas Piketty, ou plus exactement plus vite (car la création d’obligations européennes, qu’il faut mettre en œuvre le plus vite possible, prendra du temps). Il faut surtout politiser le débat. J’en ai la certitude depuis des semaines, mais j’attendais qu’un spécialiste veuille bien s’y mettre, plutôt que de me laisser me faire étriller. Mais apparemmment, une fois de plus, nous avons affaire à une question qui est trop importante pour qu’on la laisse aux spécialistes. Alors je prend le risque.

Aujourd’hui ce qui se joue, c’est la question de savoir si la zone euro est capable de survivre à une tension liée à une crise sans laisser les spéculateurs décider de l’issue de celle-ci. C’est dans cette première épreuve de vérité que se joue son avenir tout entier. La survenue de déficits importants dans les pays les plus fragiles de la zone euro, l’accroissement de leur dette, l’impossibilité de limiter au-delà d’un certain seuil les dépenses publiques sans effets sociaux désastreux, tout cela doit être considéré comme normal. La crise n’agit pas comme un révélateur d’on ne sait quel péché originel (ou alors un révélateur très sélectif). Même dans les pays (Irlande, Royaume-Uni, Espagne) qui ont une responsabilité propre dans le développement d’une spéculation folle et/ou d’un dumping fiscal massif, les pauvres sont restés pauvres et les inégalités se sont accrues malgré l’accroissement massif du PIB. La question qui se pose à nous, ce n’est pas celle de la Grèce, du Portugal ou de l’Espagne demain, c’est celle des grecs, des portugais, des espagnols. Et des populations de chacun des pays européens.

Nous être capables de dire, en France ou en Allemagne, que nous sommes plus proches de ceux qui subiront les effets d’une capitulation devant la spéculation que de ceux qui font comme si les problèmes des populations étaient le résultat de leurs péchés. Je n’ai pas la compétence technique de juger des mesures les plus appropriées, mais il est évident qu’il en existe toute une gamme. Par exemple :

  • Les Etats-membres peuvent (ont le droit d’) acheter massivement la dette des Etats fragiles, que les spéculateurs vendent à terme en l’empruntant. En le faisant, c’est l’ensemble de la chaîne de spéculation qui sera rendue perdante, y compris celle sur les titres agrégeant les Credit Default Swaps (CDS), sortes d’assurances contre le non-remboursement de la dette). Contrairement à ce que de bons esprits nous affirment, la spéculation n’est pas un épiphénomène opportuniste, mais bien un facteur propre accentuant les inégalités entre pays et populations.
  • De façon alternative, les institutions européennes peuvent, soumises à suffisamment de pression politique, fermer totalement toute vente à découvert des CDS. Cela ne prévient cependant que la spéculation future (en supposant que la mesure ne soit pas contournée) et laisse celle déjà existante encaisser ses bénéfices. Le parlement européen l’envisage.
  • Plus compliqué, mais pas impossible, des taxes peuvent être mises en place sur les profits réalisés par les banques européennes qui ont spéculé contre la dette grecque (il semble que les banques allemandes et françaises aient joué un rôle significatif en la matière).
  • Enfin, l’irresponsabilité des gouvernements et de la Commission européenne est telle que l’on ne peut pas exclure le besoin d’une solidarité directe, au moins symbolique, des populations des pays pour l’instant épargnés vis à vis des pays objets de campagnes qui mêlent la xénophobie et l’injustice.

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