Corps habités

Retourner à Bruxelles, c’est revoir les amis, mais aussi revenir à la danse. La chorégraphe hongroise Eszter Salamon et sa complice Christine de Smedt (des Ballets C. de la B.) y présentaient 5 jours de suite Dance n°1 au Kaaitheaterstudio’s. La présentation officielle décrit une partition ingénieuse […] où le corps se déforme sans cesse. Cette description me parait manquer ce qui fait la force extraordinaire de cette chorégraphie et de l’exécution qu’en font les deux danseuses. Nous sommes habitués à des corps se déformant, mais rien ne nous prépare à voir des corps habités de l’intérieur de forces qui nous sont cachées (vent, électricité, spasmes nerveux ?). Ce qui habite les danseuses parait inhumain (a-humain plutôt), coupé même des métaphores animales qui nous viennent à l’esprit face à l’étrangeté d’un mouvement. De temps en temps, un bref geste humain leur échappe, volontairement ou non, je ne sais. Quelle émotion alors dans cette respiration fragile. Pendant près d’une heure, les danseuses parcourent l’espace de la scène en s’évitant, s’ignorant plutôt. Puis, on ne sait comment, les mouvements de l’une commencent à se poursuivre dans une sorte de pugilat simulé dans le corps de l’autre. La performance aurait du s’arrêter là, ou retomber doucement dans l’immobilité et les légers tremblements du commencement. La conclusion cathartique de cris et mouvement déjantés qui occupe quelques minutes à la fin affaiblit un peu ce voyage au-delà de nos corps, mais peut-être est-ce que ça nous facilite quand même le retour.

This post is also available in: English

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre courriel ne sera jamais rendu public.Les champs marqués d'un astérisque (*) sont obligatoires