Merci Monsieur Stiglitz

Après la remise hier du rapport de la commission Stiglitz-Sen, Joseph Stiglitz était le rédacteur en chef invité de Libération aujourd’hui. Toutes ses interventions sont passionnantes, mais on ne m’en voudra pas d’avoir prêté une attention particulière à celle de la page 33, Il faut un système pour inciter à la création du savoir. Tout y est en deux feuillets: l’existence de modèles alternatifs à la propriété intellectuelle comme incitation et surtout un traitement détaillé d’une contribution sociétale associée à l’échange d’oeuvres créatives sur internet. Joseph Stiglitz a les intuitions justes : l’importance d’une contribution directe des utilisateurs (à laquelle il ajoute un apport du gouvernement), le fait que ce sont les utilisateurs eux-mêmes qui doivent produire les données de répartition par leur usage (même si le stockage permanent de ces données sur les machines des usagers n’est sans doute pas la solution), le renouvellement nécessaire des métiers de la production. Ah, au fait, ce texte est en accès réservé aux abonnés sur Libération et à ceux qui comme moi achètent le journal papier. Et non, ce n’est pas un problème, à condition que vous puissiez y accéder à partir de demain (ajouté le lendemain : c’est fait merci) en attendant la reconnaissance du droit au partage (que Libération gagnerait à anticiper par une licence à délai d’application de 24h.)

Les analyses de Stiglitz jettent une lumière crue sur l’obscénité de la proposition qui se profile au terme de la commission Zelnik : instituer une taxe sur les FAI sans reconnaître aucun droit au partage. Je débattais ce matin avec deux représentants du club très rétréci des défenseurs de l’HADOPI 2, qui n’en ont pas fait mystère. Vincent Frèrebeau qui fait remarquer à juste titre que dans les sites à financement publicitaire ce sont les consommateurs qui payent trouve normal d’affirmer qu’une taxe sur les FAI ne sera en rien répercutée sur les internautes. Mais cela est broutille à côté du fond : la prédation des biens communs du futur au profit des modèles d’hier.

2 commentaires

  • Une précision sur les raisons qui me font juger obscène l’idée d’instituer une taxe sur les FAI au profit de ceux qui contrôlent aujourd’hui la promotion des œuvres sans reconnaître de droits pour les internautes. Mon souci n’est pas de défendre les FAI qui s’en chargeront très bien, c’est au contraire de souligner que ce dispositif leur donnera du pouvoir (au lieu d’en donner à tout un chacun), et à quel point le nouveau cartel qui sera ainsi créé entre éditeurs, collecteurs de droits et opérateurs sera défavorable à la création (dans sa diversité) et à l’appropriation de la culture par tous. C’est une tentative pour bétonner la concentration de l’attention aux œuvres dans son état actuel malgré les potentialités d’internet. L’obscénité n’est même pas dans ce choix, elle est dans les conditions qui le rendent possible, c’est à dire l’absence de toute considération (par exemple dans l’étude d’impact de l’HADOPI 2) pour les propositions de procéder autrement et dans la décision de confier à un représentant d’un des intérêts privés concernés la présidence de la mission chargée d’explorer la suite.

  • Un commentaire très tardif : j’ai changé d’avis sur le fait de conserver les données volontairement collectées par des usagers sur leur usage sur leurs machines. Mes derniers travaux sur les mesures d’usage pour la contribution créative incluent un système où les données sont stockées (encryptées) sur les machines des usagers et revues par eux avant d’être transmises à un organisme public chargé de la répartition.

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