Les raisons de la relative acceptation de la biométrie

Un des Dialogues Sciences-Planète organisés par Sciences Citoyennes a porté sur le sujet L’homme sécurisé ? Humains ? Surhumains ? Transhumains ?. L’un des intervenants, Gérard Dubey, analyse les techniques biométriques. Il s’interroge sur leur relative acceptation sociale (jusqu’à présent), et propose cette explication : le désir de surveillance et de sécurisation des Etats et organisations rencontrerait chez les individus un doute sur leur identité qui les ferait percevoir la « certitude » biométrique comme sécurisante. Il explique l’émergence du doute sur l’identité par la généralisation des échanges à distance et l’informatisation de la société. L’invocation d’un rôle de l’informatisation me parait éclairante et pourrait d’ailleurs contribuer à la compréhension d’autres repliements sur des certitudes identitaires comme la régression vers des origines mythiques ou les dogmatismes religieux. Mais le rôle de l’informatisation est plus complexe que cela. Elle n’est porteuse de doute sur l’identité que lorsque les individus sont dans l’incapacité d’en contrôler l’usage, lorsqu’ils sont emportés dans une logique de flux, dépossédés des ressources de la création et de l’action, qu’ils ne parviennent pas à combiner médiations et relations face à face, activités informationnelles et activités physiques. Bref lorsqu’ils sont instrumentalisés par l’univers informationnel et non des producteurs de celui-ci. Dans la posture inverse, l’usage des techniques informationnelles est au contraire porteur d’identités, dont la complexité n’est en rien angoissante. Bref, pour que naisse un mouvement politique qui rejette la biométrie applicable en masse, il « suffirait » que des individus plus nombreux deviennent acteurs de l’informatisation et développent un art de vivre avec celle-ci.

PS. Il y a également des réflexions très intéressantes sur l’impact à venir des techniques génétiques dans l’exposé de Jacques Testard dans la même conférence.

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