Eric Maskin et la brevetabilité des logiciels

Eric S. Maskin vient de se voir décerner le Bank of Sweden Prize in Economic Sciences in Memory of Alfred Nobel, plus communément appelé Prix Nobel d’économie. Il partage le prix avec Leonid Hurwicz et Roger B. Myerson. Ils sont récompensés pour avoir jeté les bases de la théorie de la conception des mécanismes, qui tente d’expliquer les raisons qui font qu’un marché (défini notamment par des mécanismes d’enchères) fonctionne bien ou non. Le travail d’Eric Maskin est particulièrement pertinent pour la conception d’instruments de marché dans le domaine environnemental (marchés de droits d’émission par exemple). Les lecteurs de ce blog connaissent peut-être Eric Maskin pour une autre raison. Il est avec James Bessen le co-auteur d’un article remarquable en 2000 sur les relations entre l’innovation incrémentale, les brevets et l’investissement dans la R&D. Cet article a joué un rôle important dans les débats sur la brevetabilité des logiciels. Il démontrait en effet que lorsque l’innovation incrémentale joue un rôle important dans un domaine (comme c’est le cas pour les logiciels), les brevets, loin d’y créer une incitation à l’innovation agissent comme une contre-incitation. Ce travail eut une descendance nombreuse. Des travaux ultérieurs ont par exemple montré qu’une extension de la brevetabilité agissait aussi sur la nature des cibles d’innovation, encourageant l’innovation défensive chez les acteurs dominants. Ceux-ci sont en effet incités à défendre leurs rentes en privilégiant des cibles d’innovation qui rendent plus difficiles l’entrée sur le marché de concurrents ou prolongent leur propre contrôle sur le marché par des changements techniques non nécessairement liés à des bénéfices fonctionnels. L’article de Bessen et Maskin n’illustre que l’une des facettes du talent d’Eric Maskin, qui en plus de la théorie de la conception des mécanismes a aussi travaillé sur les inégalités salariales et leurs conséquences, mais il mérite que nous joignons nos remerciements au prix qu’il reçoit aujourd’hui.

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