Luc Le Vaillant, journaliste à Libération, publie aujourd’hui une tribune dans son journal, dans laquelle il s’inquiète de la prédominance de la publicité dans le système informationnel, prédominance qu’il attribue à la préférence d’internet pour la gratuité. Le problème que pose Luc Le Vaillant (la place de la publicité) est bien réel et mérite toute notre attention. Malheureusement, l’explication proposée témoigne d’une certaine confusion sur le fond.
Passons rapidement sur les affirmations de Luc le Vaillant sur la riposte graduée dont le caractère liberticide ne lui apparait pas clairement même si ce n’est pas sa solution préférée : il finira par y regarder de plus près[1]. Essayons donc de répondre à ses inquiétudes d’une façon constructive. (more…)
J’écris ces lignes au moment où se termine le plateau de Public Sénat, qui réunit Bernard Miyet président le la SACEM, Martin Rogard, directeur France de Dailymotion et Erwan Cario de Libération, après un petit sujet où Christian Paul, Emmanuelle Hoffmann et votre serviteur s’exprimèrent dans le temps imparti pour ce type d’exercice. Passons sur la transparence qui consiste à ne pas préciser que M. Rogard, avant de rejoindre Dailymotion, était conseiller du Ministre de la Culture lors de l’un des précédents et piteux efforts d’introduire la riposte graduée. On peut néanmoins retirer quelques éléments importants de ce débat. (more…)
Le dossier que Libération consacre ce matin au projet de loi HADOPI est une réponse claire à la question que je posais hier. Ce dossier présente de façon correcte les informations factuelles, donne la parole comme il est normal aux différentes positions et éclaire tous les enjeux du débat, y compris la nécessité de rouvrir un débat sur un financement mutualisé de type licence globale et ses modalités. Coup de chapeau donc à la rédaction. Qu’on ne croie pas que c’est une question de positionnement politique : le projet de loi présenté ce matin par Madame Albanel et les manipulations des derniers jours suscitent aussi les critiques du Figaro.
Libération vient de se séparer en deux médias à la ligne éditoriale opposée. Dans l’un, l’officiel, l’empapiéifé, le seul que liront les décideurs de notre pays, Laurent Joffrin écrivait samedi :
A cet égard, n’en déplaise à l’esprit libertaire en vigueur sur le Net : faute d’avoir choisi le système de la licence globale, le meilleur à nos yeux, la voie choisie par Christine Albanel, d’une échelle graduée de sanctions dans la lutte contre le piratage, est nécessaire. Elle vaut mieux, en tout cas, que le simple laissez-faire.
Dans l’autre, celui du Web, Libération publie aujourd’hui un Rebonds émanant du groupe de députés socialistes qui se mobilisent sur les enjeux d’internet et de la culture. Ils y rejettent fermement la loi Olivennes / HADOPI / Création et internet. Voici ce qu’on lit dans leur tribune :
Des solutions sont à portée de main, pour peu que l’on sorte d’une logique exclusivement répressive et que l’on accepte de reconnaître le progrès extraordinaire que pourrait constituer la mise à disposition illimitée de la plupart des contenus culturels, pour peu qu’elle fasse
l’objet d’une contrepartie équitable.
et encore :
Nous devons également soutenir toutes les formes de rémunération indirecte, qui représentent une part croissante de la rémunération des artistes et ayant-droits.
Ce n’est pas tout de revenir sur le passé, que fait-on maintenant ? Comment relancer les politiques européennes, les engager dans la direction du développement humain, des capacités de tous, de la qualité sociale ? Comment approfondir leur fragile orientation vers la qualité environnementale ? Comment ouvrir l’Europe aux grands courants du monde, la faire interagir positivement avec les pays émergents et ce qui émerge dans certains pays en développement ? Comment l’inventer comme espace de débat démocratique au-delà de ce qui en existe déjà au parlement européen ? Comment la réorienter profondément sans casser les éléments où elle représente déjà un réel progrès ?
Si je savais comment faire, je l’aurais déjà dit. Nous avons laissé passer tant d’occasions, y compris les 8 ans de présidence Bush où un boulevard s’ouvrait pour une Europe médiatrice et que nous concluons tragiquement par l’élection ou la réélection d’adeptes retardataires et caricaturaux du néo-conservatisme. Mais il y a un point par lequel nous (tous, des politiques aux citoyens) pouvons commencer : c’est d’en déclarer l’ambition, de reconnaître que l’absence d’investissement volontaire dans les politiques européennes les abandonne à l’interaction des intérêts et des égoismes. Nous pouvons décider que nous ne voterons jamais pour un politicien national qui ne nous dit pas avant tout quelles politiques européennes il conduira. Nous pouvons commencer à penser en termes européens (ou continuer si nous avons déjà commencé). L’élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis, que je souhaite de toute mon amitié aux américains, ouvrira une nouvelle époque qui accentuera encore cette exigence d’investir les politiques européennes.
Enfin, l’état actuel des politiques et de certains processus démocratiques européens n’est pas une excuse pour s’en désintéresser. Celui des politiques et des processus démocratiques nationaux vaut-il tellement mieux ?
Le 7 juin 2001, l’Irlande rejetait par référendum le traité de Nice. On trouvera ci-dessous le texte par lequel le groupe de réflexion transnational sur les politiques européennes Débat Public dont j’étais l’un des animateurs à Bruxelles réagit alors à cet événement. Sa relecture aujourd’hui éclaire je crois ce qui suivit.
Pas de réforme institutionnelle sans refondation politique
Le vote négatif au référendum irlandais sur la ratification du traité de Nice est une surprise pour tous ceux qui avaient pensé pouvoir conduire la réforme des institutions européennes, pendant la dernière conférence inter-gouvernementale, sans avoir pour cela à proposer une vision politique. Ce vote fait l’objet d’une exploitation démagogique par l’extrême droite autrichienne ou italienne, qui veut le décrire comme rejet, alors qu’il s’explique essentiellement par l’indifférence d’une majorité de la population irlandaise aux enjeux du scrutin. Mais cette exploitation ne nous dispense pas de nous interroger sur le désert politique qui l’a rendu possible et qui ne s’explique que si l’on revient sur l’histoire de la construction européenne. (more…)
A l’invitation de La Quadrature du Net et de la FING, Eben Moglen, président du Software Freedom Law Center et analyste percutant des enjeux informationnels, a fait une conférence le 5 juin 2008 à La Cantine sur “Culture et internet : les enjeux des choix concernant l’environnement juridique”. Vous pouvez en visionner la capture vidéo ci-dessous. Les exposés d’introduction et les premières minutes de la conférence (10 minutes au total) sont en français, le reste en anglais. Des versions soustitrées seront prochainement mises en ligne sur le site de La Quadrature du Net.
Retourner à Bruxelles, c’est revoir les amis, mais aussi revenir à la danse. La chorégraphe hongroise Eszter Salamon et sa complice Christine de Smedt (des Ballets C. de la B.) y présentaient 5 jours de suite Dance n°1 au Kaaitheaterstudio’s. La présentation officielle décrit une partition ingénieuse [...] où le corps se déforme sans cesse. Cette description me parait manquer ce qui fait la force extraordinaire de cette chorégraphie et de l’exécution qu’en font les deux danseuses. Nous sommes habitués à des corps se déformant, mais rien ne nous prépare à voir des corps habités de l’intérieur de forces qui nous sont cachées (vent, électricité, spasmes nerveux ?). Ce qui habite les danseuses parait inhumain (a-humain plutôt), coupé même des métaphores animales qui nous viennent à l’esprit face à l’étrangeté d’un mouvement. De temps en temps, un bref geste humain leur échappe, volontairement ou non, je ne sais. Quelle émotion alors dans cette respiration fragile. Pendant près d’une heure, les danseuses parcourent l’espace de la scène en s’évitant, s’ignorant plutôt. Puis, on ne sait comment, les mouvements de l’une commencent à se poursuivre dans une sorte de pugilat simulé dans le corps de l’autre. La performance aurait du s’arrêter là, ou retomber doucement dans l’immobilité et les légers tremblements du commencement. La conclusion cathartique de cris et mouvement déjantés qui occupe quelques minutes à la fin affaiblit un peu ce voyage au-delà de nos corps, mais peut-être est-ce que ça nous facilite quand même le retour.
Currently Browsing
You are currently browsing the Philippe Aigrain weblog archives
for juin, 2008.