Ajouté le lundi 4 juin 2007 : BNN et Endemol ont maintenant révèlé que cette annonce était un canular destiné à sensibiliser l’opinion au don d’organes. Parée de ce noble objectif, l’initiative mérite toujours exactement les mêmes commentaires et les mêmes mesures.
Le Monde s’émeut de ce que la chaîne de télévision néerlandaise BNN s’apprête à diffuser une émission de téléréalité conçue par Endemol, dans laquelle des receveurs en attente de greffe tenteront de convaincre une malade terminale de leur donner un rein. Les téléspectateurs pourront conseiller celle-ci en lui adressant des textos. C’est effectivement assez dégoûtant. Mais l’indignation ainsi créée va sans doute trouver de mauvais exutoires. Le premier est bien sûr celui de la fascination recherchée par Endemol et BNN. Le second est celui de tous ceux qui conclueront qu’il faut encadrer ces dérives télévisuelles en leur assignant des limites éthiques. Cette approche néglige un élément essentiel : l’extrême atteint par Endemol constitue la réalité d’un modèle de médias, pas une forme pathologique de celui-ci. Ce modèle de médias doit être défini précisément : il s’agit de la télévision de flux (diffusant à tous ses récepteurs le même programme) financée par des revenus indexés sur l’audience à un instant donné du programme (principalement la télévision à financement publicitaire). Ne nous indignons donc pas de ce que nous tolérons depuis des décennies. Plutôt que de perdre du temps, frappons le modèle au coeur. Taxons sévèrement les revenus des médias qui utilisent ce modèle, et boycottons-les, ainsi que leurs annonceurs lorsque c’est possible. Soutenons au contraire les médias audiovisuels qui n’ont pas les mêmes tares, ceux qui respectent la diversité des sources et celle des attentes, qui n’installent pas les spectateurs dans des positions de réception pure ou pire encore de participation à l’abaissement des autres et au leur.

