mai 2007


Ajouté le lundi 4 juin 2007 : BNN et Endemol ont maintenant révèlé que cette annonce était un canular destiné à sensibiliser l’opinion au don d’organes. Parée de ce noble objectif, l’initiative mérite toujours exactement les mêmes commentaires et les mêmes mesures.

Le Monde s’émeut de ce que la chaîne de télévision néerlandaise BNN s’apprête à diffuser une émission de téléréalité conçue par Endemol, dans laquelle des receveurs en attente de greffe tenteront de convaincre une malade terminale de leur donner un rein. Les téléspectateurs pourront conseiller celle-ci en lui adressant des textos. C’est effectivement assez dégoûtant. Mais l’indignation ainsi créée va sans doute trouver de mauvais exutoires. Le premier est bien sûr celui de la fascination recherchée par Endemol et BNN. Le second est celui de tous ceux qui conclueront qu’il faut encadrer ces dérives télévisuelles en leur assignant des limites éthiques. Cette approche néglige un élément essentiel : l’extrême atteint par Endemol constitue la réalité d’un modèle de médias, pas une forme pathologique de celui-ci. Ce modèle de médias doit être défini précisément : il s’agit de la télévision de flux (diffusant à tous ses récepteurs le même programme) financée par des revenus indexés sur l’audience à un instant donné du programme (principalement la télévision à financement publicitaire). Ne nous indignons donc pas de ce que nous tolérons depuis des décennies. Plutôt que de perdre du temps, frappons le modèle au coeur. Taxons sévèrement les revenus des médias qui utilisent ce modèle, et boycottons-les, ainsi que leurs annonceurs lorsque c’est possible. Soutenons au contraire les médias audiovisuels qui n’ont pas les mêmes tares, ceux qui respectent la diversité des sources et celle des attentes, qui n’installent pas les spectateurs dans des positions de réception pure ou pire encore de participation à l’abaissement des autres et au leur.

Il est vraiment temps de refaire place à la danse dans ce blog. Documentaire consacré à Sasha Waltz samedi soir sur Arte. Revivre la jubilation du Didon et Enée vu à Berlin. Découvrir le spectacle pour l’inauguration du Radialsystems où elle avait disposé danseurs et musiciens dans tout le bâtiment, l’habitant de danse avant de les réunir pour une chorégraphie commune. Mais surtout la voir en train de donner des instructions à ses danseurs. Une boule d’intensité qui court se poster dans la salle et projette sur chacun(e) ce dont elle voit son corps capable. Une danseuse dit : elle peint avec nos corps tout l’ensemble de l’espace, comme si nos mouvements étaient des touches de couleur.

Derrière le soi-disant choix ouvert par le nombre de chaînes de télévision, il y a la réalité du petit nombre de sources qui produisent ces programmes. Et derrière ce qui reste de diversité à ce niveau, il y a le formattage des programmes. Derrière le formattage des programmes, il y a Endemol, la société à qui nous devons les “formats” de reality shows. On en parlait depuis longtemps, mais maintenant c’est fait. Mediaset (la holding de Berlusconi) s’est associée à John de Mol pour acheter Endemol à Telefonica, et la transformer en “franchise globale”. Si vous voulez y échapper, essayez l’internet, c’est plus dur à formatter.