Ca y est le référendum est passé. C’est maintenant qu’on va compter ceux qui portent vraiment un projet de refondation européen parmi ceux qui ont voté non. C’est maintenant qu’on va compter ceux qui ont un projet européen tout court parmi ceux qui ont voté oui.

Il va falloir traverser d’abord une période de noire confusion. Tous ceux qui sont enfermés dans l’autisme institutionnel vont stigmatiser le vote souverainiste, xénophobe, et réactif, dont ils accuseront également les néerlandais. Tous ceux qui sont enfermés dans l’autisme d’appareil des partis vont stigmatiser le vote sanction hors sujet. Quelques néo-conservateurs se féliciteront de ne pas devoir se compromettre avec des mots qu’ils abhorent (constitution, social), et Tony Blair de ne pas avoir à subir un référendum et d’être à la présidence de l’Union quand il faudra y diriger un semblant de renégociation. Aussitôt les ténors du oui affirmeront “nous vous l’avions bien dit”. Les tenants officiels du non, du FN à Chevènement, du PC à de Villiers, de la LCR à Fabius tenteront de capitaliser sur ce qu’ils affirmeront être “leur” victoire. Les médias, après s’être révélés désastreusement incapables de refléter dans leurs lignes éditoriales le débat sociétal, continueront à ne s’intéresser qu’aux recompositions d’appareil et aux futurs candidats à l’élection présidentielle. C’est à ce moment que l’on verra qui a l’esprit assez ferme pour donner une perspective qui ne soit pas trompeuse à l’immense désir d’une Europe encore abstraite et à la révolte devant le cours bien concret des choses qui se sont exprimés.

Pour cela, il n’y aura pas de solution toute faite. Mais il y a des points de départ :

* Le respect de tous ceux et celles qui ont voté (non, oui ou blanc) dans l’authentique souhait de faire le meilleur choix pour l’avenir des peuples européens.
* L’acceptation de partir - enfin - à la découverte des autres européens pour construire avec eux le récit qui peut rendre compte de l’état actuel de l’Europe et nous redonner les clés de son destin. Car tous les peuples européens sont confrontés aux mêmes problèmes de perte de maîtrise des destins sociaux, de destruction de l’espace politique de choix, d’érosion du social, du lien aux autres et de l’estime de soi. Mais chacun y a réagi bien différemment, sauvant ici les salaires, ici l’emploi, ici une certain qualité de l’espace public, ailleurs l’innovation, ou le pari d’être parmi les gagnants dans un monde de perdants, et dans tous les cas au prix … de tout le reste. Il faut mettre à jour les ressorts communs à nos différences apparentes.
* La compréhension - par quelques un(e)s - des ressorts fondamentaux qu’il faut ressaisir : ceux des flux financiers, de l’orientation du changement technique, de la reconnaissance positive des biens communs, de la fiscalité et de la promotion de l’expression et de l’échange contre les médias - notamment télévisuels - de l’abaissement partagé.
* L’exigence de la solidarité qui doit se traduire par une pression sur les gouvernements des pays riches de l’Europe pour qu’ils acceptent un relèvement significatif du budget européen
* La certitude que notre destin est commun, pour le meilleur ou pour le pire, non seulement en Europe, mais dans notre petite planète.
* Le socle des droits fondamentaux (tels que définis dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, dans la Convention européenne des droits de l’homme, et à un moindre degré dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne), socle à étendre et consolider en le liant au concret, et en rééquilibrant la capacité à les faire respecter par rapport à celle des droits économiques et commerciaux.

Au travail, ami(e)s, et à bientôt,

Philippe