L’opposition à la politique de l’offre mérite mieux que le fétichisme de la demande

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Pourquoi donc la politique désastreuse du gouvernement, nuisible à la justice sociale, aux activités non marchandes et à l’environnement, inefficace même économiquement, réprouvée par l’immense majorité, s’accompagnant d’une politique étrangère chaotique et va-t’en-guerre ne suscite t-elle pas l’insurrection1 citoyenne pacifique qui pourrait y mettre fin ? Ce ne sont ni la force des institutions, ni un quelconque espoir placé dans des temps meilleurs qui l’expliquent. C’est tout simplement et uniquement la faiblesse des alternatives portées dans l’espace public par des forces crédibles2.

Rien n’illustre mieux cette situation que le débat sur faut-il mener une politique de l’offre ou une politique de la demande. Car de quelle offre et de quelle demande s’agit-il, voilà la question que personne ne pose parmi les très timides opposants. Ce qui les unit tous dans leur commun aveuglement, c’est de rien avoir compris aux changements humains et sociaux liés aux nouvelles technologies (numérique et biologie) et de n’opposer à l’acharnement à presser encore un peu les citrons des démunis pour en extraire quelques gouttes de jus de profit qu’un retour à la distribution de monnaie pour entretenir la demande. Calmez-vous, je ne suis pas en train de dire que la situation tragique des pauvres dans notre pays et celle douloureuse d’une bonne partie des classes moyennes ne mérite pas notre attention. Il s’agit d’une injustice sociale majeure, d’un véritable crime social dans des pays dont la « richesse » (il faut mettre le mot entre guillemets) n’a cessé de croître, fut-ce à rythme ralenti. Mais cette injustice, si nous voulons avoir la moindre chance de la corriger, il nous faut avant tout nous demander : de la demande pour quoi ? Pour laquelle des merdes obsolescentes et privatrices dont on nous fait la publicité ? Pour ingurgiter plus de malbouffe ? Pour des logements isolés par l’extérieur dont les fenêtres rétrécies ne s’ouvrent plus parce que c’est à ça que la quête de bénéfices environnementaux qui font marcher l’industrie a conduit ? Pour des bagnoles plutôt que pour les transports en commun, parce que l’industrie automobile c’est sacré en temps de chômage ? Pour continuer à ne pas parler de partage du travail parce que ce n’est pas vendeur, alors que sans partage du travail et en quête forcenée de compétitivité, on fabrique une société où les burn-outés font face aux chômeurs ? Il faut se demander « de la demande pour quoi ? » tout comme ceux qui réfléchissent à l’innovation doivent se demander « quelle innovation pour quoi faire ? ». Les réponses crédibles à ces questions, il y a près de vingt ans que certains appellent ça des politiques qualitatives et d’autres leur donnent d’autres noms. Des politiques économiques, sociales, culturelles et environnementales qui visent le mieux-être, le sens d’agir pour quelque chose, la qualité des rapports humains, le développement de chacun, l’enrichissement culturel. Au cœur de ces politiques qualitatives il y a la question : et le choix que vous proposez, qu’est-ce qu’il fait aux communs, aux pratiques non marchandes, à la démocratie ?

Côté offre, est-ce qu’on est sûr qu’on veut de l’innovation pour la publicité ciblée, pour des livres qui s’auto-détruisent quand on les a lu une fois ou que la machine le croit, pour des voitures qui se souviennent de tous vos itinéraires et en informent le gestionnaire du service, pour des villes et des smartphones intelligents qui rendent leurs habitants et usagers stupides et désorientés, pour du séquençage individuel du génome dans un contexte où il servira à vendre toute une série de médicaments ciblés dont on saura 40 ans plus tard s’ils marchent ou pas ? Et côté demande, est-ce qu’on va prendre en compte que ça fait un moment qu’on combine le manque et l’overdose, la malnutrition et l’obésité.

Oui une polique de la demande serait moins ignoble que celle actuelle. Mais si on n’est pas capable de montrer qu’elle va servir à autre chose qu’un peu plus de survie, elle n’aura pas lieu.

  1. Bien que ce terme soit associé la plupart du temps à la violence, je l’utilise toujours dans un sens non-violent. []
  2. J’exclue ici celles des forces qui gagnent en crédibilité mais suscitent la terreur et le dégoût. []

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